65 000 tirs à vue sur l’artiste !
par Beatrice Cassina
Art

65 000 tirs à vue sur l’artiste !

Indigné par la déshumanisation de la conduite de la guerre, Wafaa Bilal s’est offert pour cible des tirs virtuels des internautes pendant un mois. L’artiste américano-irakien raconte cette expérience dans un livre.

Publié dans le magazine Books, juin 2009. Par Beatrice Cassina
Le 5 mai 2007 commença, à la galerie Flatfile de Chicago, la performance Domestic Tension de l’artiste américano-irakien Wafaa Bilal. Un mois durant, il s’est enfermé dans une petite « cellule » à l’intérieur du lieu d’exposition. Disponible 24 heures sur 24 pour quiconque souhaitait le rencontrer, il était surtout en permanence sous le regard des internautes à travers une webcam. Et le cybermonde pouvait agir en lui tirant dessus avec un pistolet de paint-ball chargé de peinture jaune, qui se déclenchait grâce aux impulsions provenant du site Internet créé à cet effet. Définie par le Chicago Tribune comme « l’une des œuvres d’art politique les plus fortes de ces dernières années », cette performance a été saluée par l’attribution à Wafaa Bilal du titre d’artiste de l’année par ce même journal. La maison d’édition de San Francisco City Lights a récemment publié Shoot An Iraqi. Art, Life and Resistance Under the Gun, livre dans lequel Bilal fait alternativement le récit de son mois de captivité volontaire sous les tirs et de sa vie en Irak, sous Saddam Hussein, pendant la guerre Iran-Irak et la guerre du Golfe de 1990-1991. Dans son journal consacré à cette expérience artistique interactive de trente jours, l’artiste raconte ses moments de colère, d’impuissance, de sérénité et de souffrance. Il évoque également ses rencontres avec le public réel, qui lui a rendu visite à la galerie, et avec les internautes, qui lui ont tiré dessus des quatre coins du monde (65 000 tirs provenant de 136 pays différents) ou ont pris sa défense. Avec cette performance aux allures de reality show, Bilal n’entendait pas devenir une vedette du monde du spectacle, mais comprendre comment le monde allait entrer en relation avec un homme devenu, le temps d’une exposition, un « ennemi virtuel » irakien. Au moment de la guerre du Golfe, Wafaa a passé deux ans dans des camps de réfugiés au Koweït et en Arabie Saoudite, avant d’obtenir en 1992 l’asile politique aux États-Unis. Mais, en…
Pour lire la suite de cet article, JE M'ABONNE, et j'accède à l'intégralité des archives de Books.
Déjà abonné(e) ? Je me connecte.
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire