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John Updike en toutes lettres - Books

John Updike en toutes lettres

« L’idée d’un conflit entre ma vocation artistique et mon mariage me semble absurde. Je suis très intéressé par le sexe ; j’aime ton corps. Il n’y a aucune raison sur terre pour qu’un conflit se manifeste… » La vie quotidienne, amoureuse et professionnelle d’un grand romancier, racontée dans sa correspondance.


Portrait de l’écrivain américain John Updike réalisé en 2006. © Alamy

En une soixantaine d’années de vie active, John Updike a composé une des œuvres les plus abondantes et variées de la littérature américaine de la seconde moitié du XXe siècle : 23 romans, 18 collections de nouvelles, 9 volumineux recueils d’essais et de critiques, 3 compilations de textes sur la peinture, 12 livres de poésie. D’un homme aussi productif, dont on a souvent dit qu’il écrivait comme on respire, on ne s’étonnera pas d’apprendre qu’il fut aussi un épistolier prolifique. James Schiff, qui publie une sélection de quelques centaines de ses lettres, estime qu’il en a rédigé au total plus de 25 000, cartes postales et courts billets compris, peut-être même davantage compte tenu du nombre de celles qui gisent encore au fond des tiroirs ou ont été perdues. 


La rédaction de son courrier représentait une partie non négligeable de sa routine quotidienne. Ses lettres ne lui demandaient pas un effort considérable, tant il écrivait rapidement et avec facilité. Mais il les composait avec un soin évident, en raison de ce souci de précision dans les détails qui se manifeste dans ses romans et ses essais et dans l’objectif qu’elles procurent un réel plaisir de lecture. Pourtant, il n’en gardait généralement pas copie. Avec une modestie en partie feinte, il les présente à plusieurs reprises comme ennuyeuses. Dans une lettre à une employée de son éditeur qu’il avait nommée sa co-exécutrice littéraire avec sa seconde épouse, il manifeste le désir qu’elles ne soient pas collectées. Il devait pourtant soupçonner qu’elles finiraient par l’être et seraient publiées. Mais au moment où il les rédigeait il n’avait pas leur publication à l’esprit, ce qui explique leur grande liberté de ton.  


Beaucoup de ses lettres sont adressés à sa famille. Fils unique d’un couple de classe moyenne de Pennsylvanie, il était très attaché à ses parents, plus particulièrement à sa mère, qui s’efforçait de devenir écrivain : après s’être vu refuser à de multiples reprises les petites histoires qu’elle écrivait, elle réussit à en placer quelques-unes dans The New Yorker, le magazine qui allait accueillir quelque 750 poèmes, récits et critiques de son fils.  


Après avoir résidé durant treize ans dans la bourgade de Shillington, ses parents déménagèrent dans une ferme située à Plowville, la commune rurale d’où était originaire la famille de sa mère. Celle-ci reçut des années durant les nouvelles qu’il lui communiquait dans des lettres souvent collectivement adressées aux « Plowvilliens » : ses parents et grands-parents maternels et leur entourage. Celles qu’il composa lorsqu’il était à Harvard décrivent en détail, avec le sens de l’observation et l’art de l’image qui allaient caractériser ses récits, sa vie d’étudiant, le monde universitaire et l’éclosion de ses talents d’écrivain. À côté des épisodes les plus significatifs, amusants ou dramatiques de son existence quotidienne, les progrès de sa carrière continuèrent à constituer une partie substantielle du contenu du courrier envoyé à sa famille. 


Cette sélection de lettres comprend aussi une série de celles qu’il écrivit aux femmes de sa vie. Il y en eut beaucoup. En 1953, il épousa une jeune étudiante en arts rencontrée à Harvard, Mary Pennington. Quelques mois auparavant, il lui avait adressé une très longue lettre dans laquelle il soulevait la question de la compatibilité entre ses ambitions littéraires et matrimoniales : « L’idée d’un conflit entre ma vocation artistique et mon mariage me semble absurde. Je suis très intéressé par le sexe ; j’aime ton corps. Il n’y a aucune raison sur terre pour qu’un conflit se manifeste entre ce désir et mon besoin d’écrire des poèmes légèrement obscurs et des histoires vaguement aigres-douces. » Après deux ans à New York, le couple s’établit à Ipswich, sur la côte du Massachusetts. Ils eurent quatre enfants. Au bout de quelques années, l’un et l’autre, mais surtout lui, se trouvèrent pris dans le vertigineux carrousel d’adultères entre voisins et couples d’amis qui semble avoir été le mode de vie ordinaire dans leur milieu social.  


Updike multiplia les liaisons, certaines éphémères, d’autres durables. Le livre contient un échantillon des lettres adressées à trois des femmes avec lesquelles il se lia intimement, Joanna Brown, Joyce Harrington et Joan Cudhea. À cette dernière, il écrit : « Si nous ne nous rendons pas heureux l’un l’autre, nous devrions nous séparer. Pourquoi mon cœur a-t-il tremblé face à cette perspective ? Peut-être parce que je suis malheureux loin de toi en proportion du bonheur que j’ai à être à tes côtés, qui est immense ; parce que moi qui crois formellement que la vie est dialectique et vécue dans la tension, j’ai du mal à accepter notre existence secrète, entourée de commérages indiscrets, mêlée aux joies et aux peines de nos conjoints [...] et à la vie en commun de nos enfants respectifs. » Souvent, le langage de ces missives enflammées est d’une extrême crudité. Une liaison avec une femme mariée nommée Martha Bernhard entraîna un divorce et se conclut pour Updike par un mariage avec l’intéressée et un déménagement ailleurs dans le Massachusetts, à Beverly Farms, où il vécut ses 30 dernières années. Les lettres qu’il adressa à Mary et Martha durant cette période ne se lisent pas sans malaise, tant s’y étale le mélange de culpabilité, de ressentiment et de mauvaise foi qui se manifeste presque toujours dans des situations de ce genre. Son second mariage se déroula de manière plus paisible que le premier, Martha organisant avec fermeté sa vie pour l’aider à se concentrer sur son travail d’écrivain.   


Le livre fait aussi une large place à son courrier professionnel. Ses échanges avec le rédacteur en chef du New Yorker William Shawn et une de ses collaboratrices, Katharine White, sont toujours très cordiaux, mais une lettre à une autre rédactrice du magazine, Lillian Ross, le montre déterminé à défendre férocement ses prérogatives d’auteur. Updike n’avait pas d’agent et supervisait personnellement tous les aspects de la publication de ses ouvrages : droits d’auteur, format du livre, apparence de la couverture. Dans les discussions à ce sujet, il se montre toujours extraordinairement précis et exigeant. 


À deux reprises, il se trouva confronté à des demandes de modifications importantes de la part de ses éditeurs : Alfred A. Knopf aux États-Unis et Victor Gollancz en Grande-Bretagne. Dans le cas de Cœur de lièvre (Rabbit, Run), il s’agissait d’éviter des poursuites pour obscénité en raison de la précision anatomique de certaines scènes de sexe. Après avoir furieusement résisté, se rendant compte qu’il n’obtiendrait pas gain de cause, il se résolut à édulcorer quelque peu son langage. Avec Couples, l’objectif était de parer à d’éventuelles actions en diffamation d’habitants d’Ipswich qui se reconnaîtraient dans le roman. Ici, il procéda de bonne grâce à une série de changements : lieu et décor de l’action, profession, nationalité et aspect physique des personnages. L’apparence était sauve, mais la transposition ne devait guère faire illusion aux yeux de ceux qui connaissaient la petite communauté dans laquelle John et Mary Updike avaient vécu.  


La notoriété venant, un nombre croissant d’autres écrivains devinrent ses interlocuteurs réguliers. Philip Roth, Norman Mailer, John Cheever, Joyce Carol Oates, Kurt Vonnegut Jr, Erica Jong, Don DeLillo, Richard Ford, Margaret Atwood, Cynthia Ozick, Mary McCarthy, Muriel Spark, Alice Munro, Ian McEwan : une bonne partie des noms les plus connus de la littérature anglo-saxonne de son époque apparaissent parmi ses correspondants. Updike, qui ne pratiquait presque jamais le genre de la critique d’éreintement, s’adresse toujours à eux en termes admiratifs. Des jugements sur certains d’entre eux figurant dans des lettres à d’autres montrent cependant ce qu’il pouvait parfois y avoir d’exagération, voire d’aimable flatterie, dans les compliments qu’il prodiguait volontiers.  


Ses sympathies allaient plutôt vers le Parti démocrate, mais il s’est rarement exprimé sur les questions politiques. À une occasion, il affirma être en faveur de l’intervention des troupes américaines au Vietnam « pour peu qu’elle ait pour effet d’aider le Sud-Vietnam à déterminer son avenir ». Au vu de l’évolution du conflit, il le regretta par la suite. « Il y avait quelque chose d’irrationnel dans mon ressentiment envers le mouvement anti-Vietnam, écrit-il à son confrère Warner Berthoff [...]. Je me sentais menacé par le mouvement en faveur de la paix de la même manière que par la bande Baader-Meinhof – anarchie et haine paradant sous les apparences de la rigueur morale. » Toute sa vie, il resta croyant. À propos de Christopher Hitchens et de son livre Dieu n’est pas grand, il écrit : « Partant de l’idée défendable que Dieu n’existe pas, il semble avoir glissé à l’affirmation inexacte que la religion a fait plus de mal que de bien au cours des âges. » 


À la fin de sa vie, plaisantant à moitié, il confie mélancoliquement à Ian McEwan : « Je suis tombé au rang de vieux ringard dont les histoires de sexe dans la banlieue américaine sont des pièces d’époque désespérément ennuyeuses. » Ses dernières lettres sont les plus émouvantes. Atteint d’un cancer du poumon découvert tardivement en phase terminale, il sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Sans auto-apitoiement, il fait ses adieux à sa famille et ses amis. Deux jours avant sa mort, il écrit à l’un d’entre eux : « Dieu merci, l’opiniâtre mois de janvier commence à briller et le soleil à montrer un peu de force. »


Fréquemment drôles, parfois émouvantes, quelquefois embarrassantes, ses lettres se lisent souvent avec plaisir et toujours avec intérêt. Écrites pour informer, amuser, séduire ou régler des questions pratiques, elles éclairent ses activités quotidiennes, son travail d’écrivain et les péripéties d’une vie sentimentale chaotique. Si brillante qu’elle soit, sa correspondance ne reflète cependant qu’imparfaitement l’étendue de son talent et les qualités qui font les mérites de son œuvre. L’observateur fin et sagace de la classe moyenne américaine des années 1950 et 1960, le peintre réaliste des mœurs et de la psychologie de ceux qui la composent, c’est dans ses romans et ses nouvelles qu’on le trouvera. On cherchera aussi en vain dans les 800 pages de ce recueil plus que quelques traces de l’immense culture, de la vaste curiosité et des capacités d’exposition et d’analyse qui firent de lui le plus brillant et fécond critique de langue anglaise de son époque. À ceux qui ne sont pas encore familiers de son œuvre, on recommandera donc de commencer plutôt par un de ses meilleurs romans (un volume de la série des Rabbit), un recueil de nouvelles ou n’importe quelle collection de ses essais et recensions – ouvrages dont la richesse et la diversité l’ont fait qualifier par une célèbre critique du New York Times d’« authentique homme de lettres complet ». 

LE LIVRE
LE LIVRE

John Updike: A Life in Letters de John Updike, Hamish Hamilton, 2025

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