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Ces furieux intellectuels du trumpisme - Books

Ces furieux intellectuels du trumpisme

Laura Field était bien placée pour présenter la galaxie intellectuelle qui sous-tend le trumpisme : elle en vient. Non pas de ses franges les plus extrêmes, cela va sans dire, mais d’un de ses courants centraux, celui inspiré par la philosophie de Leo Strauss. Juif allemand émigré aux États-Unis, féru de textes classiques dans lesquels il voyait des significations cachées, Strauss professait un profond scepticisme à l’égard de la démocratie. Un élève de Strauss, le philosophe Harry V. Jaffa, écrivit un passage fameux d’un discours du candidat républicain Barry Goldwater en 1964 : « l’extrémisme en défense de la liberté n’est pas un vice ». Huit ans plus tard des élèves de Jaffa ont créé le Claremont Institute, en Californie, devenu une pépinière de la droite trumpiste. Comme le rapporte une récente enquête de The Economist, les « claremonsters » noyautent l’administration Trump. La figure de proue est Michael Anton, principal rédacteur de la National Security Strategy publiée en décembre 2025. 


 Pour sa taxonomie de la nouvelle droite, Laura Field distingue, outre les « claremonsters », trois courants, dont la présentation successive évoque une « descente aux enfers », écrit dans la Los Angeles Review of Books le politologue français Alexandre Lefebvre, qui enseigne à Sydney.  Voici d’abord les « post-libéraux » catholiques intégristes. L’un de ses ténors, John Eastman (qui vient lui aussi du Claremont Institute), s’est fait remarquer en tentant de truquer les résultats de la présidentielle de 2020. Le vice-président J. D. Vance fait partie de la famille. Viennent ensuite les « conservateurs nationaux », auxquels se rattachent les « identitaires » français ou encore les Hongrois de la mouvance Orban. Le dernier cercle de l’enfer, Laura Field le nomme « le ventre de la droite dure ». On y trouve des personnages comme Curtis Yarvin, favorable à une « techno-monarchie » ; Costin Alamariu, qui se fait appeler « Pervers de l’âge de bronze » et prône un retour aux valeurs des héros de l’Iliade ; ou encore Nick Fuentes, dont Michael Burleigh, de la London School of Economics, rapporte dans la Literary Review la façon dont il a résumé un jour sa politique : « Les Juifs dirigent la société, les femmes n’ont qu’à fermer leur gueule, les Noirs pour la plupart doivent être jetés en prison ». Certains des écrits rapportés par Laura K. Field, note Burleigh, vont au-delà de ce qu’on pouvait lire dans SS-Leitheft, le magazine culturel des SS.


La taxonomie de Laura Field ne rejoint pas exactement celle présentée par le politologue français Arnaud Miranda dans son livre Les Lumières sombres. Celui-ci n’évoque qu’en passant, par exemple, le cas Michael Anton. Sans doute faut-il lire les deux pour saisir pleinement les rouages de ce monde intellectuel étrange et composite, que réunit une véritable tentation révolutionnaire.  

LE LIVRE
LE LIVRE

Furious Minds: The Making of the MAGA New Right de Laura K. Field, Princeton University Press, 2025

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