Darwin, si peu darwinien !

Darwin croyait fermement à l’influence de la vie individuelle sur l’évolution et en particulier de la transmission des caractères acquis. La publication du trentième et dernier volume de sa gigantesque correspondance l’illustre à merveille. Il avait baptisé sa théorie la « pangenèse ». Il pensait que chaque partie d’un organisme, plante ou animal, relâche des particules, ou « gemmules », qui migrent vers les organes reproducteurs et passent ainsi les caractères acquis par un individu à sa descendance. 


Selon Darwin, les comportements eux-mêmes se transmettent de cette manière, relève dans The New York Review of Books l’historienne américaine Jessica Riskinqui prépare un livre sur Lamarck. Au point que les caractères acquis à un certain âge peuvent se retrouver chez les descendants au même âge. Le célèbre naturaliste écrit aussi que « tout effet de l’éducation qui est transmis » va se manifester « à un certain âge ». 


Ce n’est pas pour autant la seule voie par laquelle l’individu influe sur l’évolution, soulignait Darwin. L’autre voie est la « sélection sexuelle », à laquelle il a consacré son livre The Descent of Man. Le fait que l’individu ne choisisse pas son partenaire au hasard a clairement une influence sur la descendance.


Darwin était un fervent abolitionniste et plaidait pour l’instruction des femmes en sciences et en médecine. Mais il était convaincu de l’inégalité morale et intellectuelle des individus et même des races. Une inégalité que les caractères acquis sont susceptibles de modifier. À propos des Noirs, il disait que leurs enfants, dans les premières années de leur vie, apprennent aussi vite que les enfants blancs, mais se voient ensuite retardés en raison du faible niveau d’instruction de leurs parents. 


Scellé dans le marbre par les successeurs de Darwin, le dogme darwinien veut que l’évolution est seulement le fait du hasard. Sans bien sûr rien devoir à la théorie fantaisiste des gemmules, cette conception est aujourd’hui ébranlée par les découvertes sur la complexité des interactions entre gènes et autres molécules et la notion d’épigénétique. Les mécanismes à l’œuvre dans l’hybridation des plantes, auxquels Darwin prêtait un grand intérêt, ont donné lieu à la notion de « transfert horizontal » de gènes. Quant à la sélection sexuelle, sa réalité paraît difficile à contester.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Correspondence of Charles Darwin de Charles Darwin, Cambridge University Press, 2023

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