Maladie d’Alzheimer : fin d’un dogme

À lire les données de l’OMS, plus de 55 millions de personnes souffrent d’une forme ou d’une autre de « démence », la maladie d’Alzheimer en représentant les deux tiers. La population continuant de vieillir, le chiffre devrait passer à 152 millions en 2050, soit plus que la population actuelle de la Russie. À âge égal, la proportion de nouveaux diagnostiqués a cependant baissé ces derniers temps, sans doute en raison d’une meilleure hygiène de vie et des progrès de la médecine dans d’autres domaines. Mais pour l’heure, en dépit d’espoirs nés dans les années 1990 et de multiples essais cliniques, aucun médicament ne protège contre le progrès d’une maladie dont la complexité semble s’approfondir à mesure des recherches.  


Dans un livre publié fin 2021, Karl Herrup, professeur de neurobiologie à l’université de Pittsburgh, fait un constat particulièrement pessimiste. Il juge qu’en se focalisant sur les « plaques amyloïdes » qui se développent dans le cerveau des malades, les scientifiques se sont fourvoyés. Des personnes âgées en parfaite santé mentale peuvent très bien avoir le cerveau encombré de plaques amyloïdes. Et les anticorps testés dans les essais cliniques pour les détruire, dont certains ont été approuvés par la FDA, l’autorité de santé américaine, ne semblent avoir qu’un effet marginal, sinon nul, sur les facultés cognitives. Il s’agirait donc d’une fausse piste, d’un dogme médical dont Herrup retrace l’histoire, vieille de plus d’un siècle. Il va jusqu’à remettre en cause la notion même de maladie d’Alzheimer, un arbre qui selon lui cache la forêt des multiples formes de dégénérescence cérébrale. Il remue le fer dans la plaie en accusant le principal organisme de recherche américain sur le vieillissement, le National Institute of Aging, d’avoir indument étendu le champ de la maladie d’Alzheimer pour gonfler son budget. 


Revenant sur ce livre dans The New York Review of Books deux ans et plus après sa parution, Natalie de Souza, de l’Institut de biologie des systèmes moléculaires de l’École polytechnique de Zurich, donne raison à Karl Herrup pour l’essentiel, mais souligne  qu’au moment même où il rédigeait son livre, les chercheurs étaient déjà de plus en plus nombreux à s’écarter du dogme et testaient d’autres pistes. En 2022, sur plus d’une centaine de molécules testées pour contrer la maladie d’Alzheimer, moins d’une vingtaine visaient les plaques amyloïdes. 

LE LIVRE
LE LIVRE

How Not to Study a Disease: The Story of Alzheimer’s de Karl Herrup, MIT Press, 2021

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