Éloge du mauvais esprit

Tout bon chercheur doit se soumettre humblement aux faits, même et surtout quand ceux-ci le dérangent. Puis ne pas hésiter à faire preuve d’arrogance en formulant des hypothèses osées. Quitte à se mettre tout le monde à dos.


© Gerard Fouet / AFP

Helmut Kohl et François Mitterrand, artisans de l’Europe économique et monétaire avec l’euro, ont fait mentir Emmanuel Todd, qui prévoyait la disparition de la nouvelle monnaie.

Les hommes qui ont fondé la science moderne possédaient deux qualités qui sont loin d’être toujours ­réunies : une immense patience dans l’observation et une grande hardiesse dans les hypothèses », écrit Bertrand Russell dans Histoire de la philosophie occidentale à propos de la révolution scientifique du XVIIe siècle. Je souscris entièrement à cette formule et serais tenté de la géné­raliser à n’importe quel scientifique sérieux. Pour être un bon chercheur, il faut posséder des qualités non seulement complémentaires, mais presque contradictoires : beaucoup d’humilité et, en même temps, beaucoup d’audace ; une bonne dose de docilité et aussi pas mal de mauvais esprit. L’intelligence – au sens d’aptitude à réussir un test de QI – n’a rien d’indispensable : un cerveau peut tourner très vite mais de façon tota­lement prévisible et répétitive sans ne jamais produire quoi que ce soit.

On ne pense jamais seul. On pense après et avec beaucoup d’autres. Prenons, comme le disait ma ...

LE LIVRE
LE LIVRE

Histoire de la philosophie occidentale de Bertrand Russell, (deux volumes), traduit de l’anglais par Hélène Kern, Les Belles Lettres, « Le goût des idées », 2011

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