Et si les Américains et les Chinois se ressemblaient ?
Publié en février 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
« Il est difficile de ne pas conclure que la bataille n’est pas déjà perdue et que, d’ici une ou deux générations, une Chine implacable, hypernationaliste, brutalement mercantile et inexorablement revanchiste mettra le monde à genoux », écrit Tunku Varadarajan dans le Wall Street Journal. Sa force de frappe : ses ingénieurs, détaille Dan Wang dans un livre qui fait frémir les Américains. Né en Chine, émigré aux États-Unis mais souvent revenu dans son pays, où il a vécu la répression aveugle orchestrée pendant les trois années de Covid, Dan Wang dresse un tableau impressionnant des prouesses industrielles d’un pays qui domine désormais à peu près toutes les technologies de pointe, a construit un réseau autoroutier deux fois grand comme celui des États-Unis, un réseau de trains à grande vitesse quinze fois plus étendu que celui du Japon et produit presque autant de centrales solaires et d’éoliennes que le reste du monde, résume The Economist. La Chine est devenue un « État d’ingénieurs », écrit Dan Wang. Et cela continue. En 2022, 35 % des étudiants chinois en master étaient en ingénierie, contre seulement 11 % des étudiants américains.
L’auteur ne manque pas de souligner le revers de la médaille. Donner les coudées franches aux ingénieurs, une obsession partagée par Xi Jinping, peut aboutir à des décisions absurdes, comme celle d’avoir naguère confié à un célèbre ingénieur spatial le soin de définir la politique de l’enfant unique, qui a abouti à 321 millions d’avortements, à la stérilisation de 108 millions de femmes et a contribué à une dégringolade démographique qui désormais obère l’avenir.
La compétition radicale qui oppose désormais les deux premières puissances de la planète dissimule pourtant une réalité rarement observée, ajoute Dan Wang. C’est que les deux peuples se ressemblent étrangement : « Le sang d’un matérialisme souvent grossier coule dans les veines des deux pays, produisant parfois une vénération pour les entrepreneurs à succès, créant parfois l’étalage d’un extrême mauvais goût, contribuant à un esprit de vigoureuse compétition. Ils ont un penchant pour “faire le job” qui produit parfois un résultat hâtif. Les deux pays regorgent d’escrocs qui vendent leurs recettes, spécialement en matière de santé et de richesse. Les deux peuples ont un faible pour le technologiquement sublime : la passion de grands projets qui repoussent les limites physiques. Les élites américaines et chinoises sont souvent en porte à faux par rapport aux vues politiques de la population générale. Mais les masses et les élites se retrouvent dans leur foi d’incarner une nation de puissance sans égale, en droit d’imposer sa volonté si des pays plus petits ne rentrent pas dans la ligne. »
