Guido Fackler : « La musique permettait de rester humains »
Temps de lecture 15 min

Guido Fackler : « La musique permettait de rester humains »

Dans les camps de concentration, la musique joua un rôle ambivalent. Moyen de survie pour les détenus, en qui elle réveillait cette part d’humanité dont on voulait les priver, elle fut aussi pour les SS un instrument de propagande, de discipline et de torture.

Publié dans le magazine Books, juillet-août 2010.

Prisonniers au camp de concentration de Sachsenhausen, Allemagne, 1938
  Né en 1963, Guido Fackler est ethnologue et musicologue. Il enseigne à l'université de Würzburg, en Allemagne. Son essai sur « le jazz dans les camps de concentration » a reçu le prix Fraenkel d'histoire contemporaine en 1992.   Quel genre de musique jouait-on dans les camps de concentration ? Tous les genres y ont été représentés, sous des formes extrêmement diverses. Il y eut des fanfares et même de véritables orchestres, mais, ce qui dominait, c’était le chant, qui n’exigeait ni instruments ni partitions, n’excluait personne et ne laissait pas de traces susceptibles d’irriter les moins conciliants des gardiens. La plupart des morceaux remontaient à l’époque d’avant les camps. Parfois, des airs déjà connus étaient accompagnés de paroles nouvelles, traduisant les peurs et les espoirs des détenus. Il y eut aussi des créations originales. Cette musique des camps fut, dans certains cas, d’une qualité exceptionnelle. Le big band de jazz Rhythmus, à Buchenwald, par exemple, était considéré comme l’un des meilleurs orchestres de l’Europe placée sous la coupe nazie.   Les conditions d’exercice de la musique ont-elles évolué entre 1933 et 1945 ? Dans les premiers camps – entre 1933 et 1939 –, on trouvait surtout des prisonniers politiques allemands. Et la musique des mouvements ouvriers ou de jeunesse dominait. Il y avait des instruments à disposition. Les détenus jouaient pendant leurs rares temps libres et, bien plus souvent qu’on l’imagine, cette pratique était tolérée, parfois même officiellement autorisée. Quand elle ne l’était pas, on profitait des défaillances des gardiens, beaucoup moins présents…

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