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Brian R. Myers : « La Corée du Nord est un régime infantilisant d’extrême Droite »

Le régime de Kim Jong-il n’est pas et n’a jamais été communiste. Il n’est pas non plus confucianiste, comme les Occidentaux se plaisent souvent à le croire. À nulle autre pareille, l’idéologie nord-coréenne relève d’un nationalisme maternant et paranoïaque.

L'Américain Brian Reynolds Myers est un spécialiste de la littérature et de l'idéologie nord-coréenne. Diplômé d’études nord-coréennes de l’université de Tübingen, il enseigne à l'université Dongseo, en Corée du Sud.
Les Nord-Coréens se perçoivent, dites-vous, comme « la race la plus pure » du monde, la plus « vertueuse ». Qu’entendent-ils par « vertu » ?
Ils pensent que leur vertu se manifeste surtout dans leur nature douce et aimante. Cette perception repose, paradoxalement, sur l’image condescendante propagée dans la péninsule par la propagande japonaise durant la période coloniale (1910-1945) : celle d’un peuple coréen peu sophistiqué mais pur, enfantin, et donc vulnérable. Étant naturellement altruistes, les Coréens sont des socialistes-nés. Si l’on suit cette théorie, ils n’ont évidemment pas besoin de voir leurs instincts réformés par la conscience politique, comme les partis communistes chinois et russe l’exigeaient de leurs populations. Le Parti des travailleurs de Corée du Nord incite plutôt les masses à se comporter comme des enfants, à l’abri du giron de leur Leader, ce qui est en contradiction flagrante à la fois avec la tradition confucianiste et avec le marxisme-léninisme.
Vous expliquez dans votre livre que Kim Jong-il serait, comme son père Kim Il-sung, une figure maternelle plutôt que paternelle. Qu’est-ce que cela implique ?
Le père corrige les enfants, développe leur conscience, les rend adultes ; la mère, elle, s’incline devant leurs instincts et les garde éternellement enfants. Staline était vu comme un père. Les Occidentaux persistent à voir la Corée du Nord comme une grande famille confucéenne, où le Leader serait le père, et le Parti la mère. En fait, on appelle généralement le Leader oboï, « parent », en mettant l’accent sur sa sollicitude maternelle et son ample giron. Il n’y a pas de grande figure paternelle dans le symbolisme officiel. Il en découle – et c’est bien l’idée – une infantilisation complète des masses. Beaucoup de visiteurs s’en retournent de Pyongyang en faisant l’éloge de la candeur enfantine des habitants, sans voir le côté sinistre : la violence entre citoyens, beaucoup plus fréquente que dans l’ancien bloc communiste. Le pays lui-même se comporte sur la scène internationale comme un sale gosse, avec des comportements imprudents, presque suicidaires, comme l’attaque en novembre 2010 d’une île sud-coréenne. Il est terrifiant de penser qu’une nation dominée par son cœur plutôt que par sa tête détient aujourd’hui l’arme nucléaire.
La bonté intrinsèque des Coréens les rend si vulnérables qu’ils ont besoin d’un dirigeant maternel pour les protéger de ce monde hostile ?
Oui, c’est ainsi que l’on peut résumer l’idéologie nord-coréenne. À la différence des nazis, qui prétendaient que les Aryens étaient physiquement et intellectuellement supérieurs aux autres races, les Nord-Coréens revendiquent plutôt une supériorité morale, à l’instar de l’Empire japonais. Et, dans la mesure où ils vivent sur une péninsule qui fut envahie à maintes reprises, ils pensent que c’est leur candeur et leur bonté enfantine qui les a rendu vulnérables aux attaques extérieures. Voilà pourquoi ils ont besoin d’un leader pour les protéger. Cela n’explique pas, bien sûr, tous les comportements du pays – aucune idéologie ne détermine tous les aspects de la vie. Mais, une fois que l’on a compris cette donnée de base, le culte de la personnalité se conçoit mieux, et le comportement du régime sur la scène internationale devient plus intelligible. À l’inverse, si l’on persiste à prendre la Corée du Nord pour le dernier bastion du stalinisme, on se trouve face à un mystère insondable – un « trou noir », pour reprendre les termes d’un diplomate américain. Je prétends, moi, que le régime nord-coréen est un régime d’extrême droite et non pas d’extrême gauche.
Comment le qualifieriez-vous, plus précisément ?
Cela me gêne d’utiliser le terme de fasciste. Car le mot est pour moi synonyme d’expansionnisme et d’impérialisme, ce dont on ne trouve aucune trace en Corée du Nord. Le régime souhaite ardemment la réunification de la péninsule, pas davantage. Mais c’est un régime ultraracial, où le principe de « l’armée d’abord » est inscrit dans la Constitution, laquelle ne mentionne même plus le communisme. Si l’économie est collectivisée et centralisée, ce n’est pas pour améliorer les conditions de vie des citoyens mais pour optimiser la sécurité intérieure et la défense militaire. Ce n’est donc pas un État communiste teinté de nationalisme, façon Albanie, mais un régime totalement incompatible avec une quelconque forme de marxisme. Il faut y voir soit un État d’extrême droite, soit, si l’on adopte une vue circulaire du spectre idéologique, un État situé là où fascisme et communisme se rejoignent. En fait, il s’agit d’un État national-socialiste authentiquement anticapitaliste, qui rappelle la faction nazie d’Ernst Röhm, purgée par Hitler en 1934 lors de la Nuit des longs couteaux. De ce point de vue, le long partenariat tout empreint de mauvaise foi entre la Corée du Nord et l’URSS se comprend mieux. N’oublions pas que, à la fin des années 1920, bien des gens au sein du NSDAP allemand voyaient en l’URSS une sorte de modèle et un allié potentiel.
Mais l’État nord-coréen a pourtant commencé sa trajectoire comme un État communiste, et il l’est resté pendant trois bonnes décennies. Comment les deux idéologies nationaliste et marxiste ont-elles cohabité ?
Elles n’ont pas cohabité. Même à la fin des années 1940 et au début des années 1950, il n’y avait à Pyongyang qu’une poignée de vrais connaisseurs du marxisme-léninisme – et Kim Il-sung les a prestement éliminés. Il adhérait à la doctrine soviétique pour conserver l’aide russe, mais il n’a jamais cherché véritablement à la propager. Même aujourd’hui, les Nord-Coréens se servent adroitement de la rhétorique marxiste à des fins radicalement non marxistes. La Corée, expliquent-ils notamment, est une prolétaire au rang des nations parce qu’elle a été si longtemps exploitée et maltraitée. C’est une allégation parfaitement fasciste : Mussolini disait exactement la même chose à propos de l’Italie. Ce discours a dupé les diplomates d’Europe de l’Est pendant un certain temps ; mais, dès le milieu des années 1950, ils se plaignaient de ce que le régime faisait moins référence au marxisme-léninisme qu’à la supériorité raciale du peuple coréen.
Les Américains n’ont pas compris cela car, du fait de la barrière linguistique, toutes leurs i
nformations transitaient par leur allié sud-coréen, lequel avait tout intérêt – et c’est toujours vrai – à présenter la Corée du Nord comme un État foncièrement communiste. Washington consentirait-il à maintenir une présence militaire aussi massive et coûteuse dans la péninsule si les États-Unis savaient qu’ils sont là pour protéger des Coréens modérément nationalistes contre des Coréens radicalement nationalistes ? Je ne crois pas. Il faut qu’on leur raconte qu’ils sont en train de défendre des capitalistes contre des communistes. Mais que l’on puisse observer la Corée du Nord aujourd’hui et y voir un État communiste, ou même potentiellement communiste, cela me dépasse complètement.
Selon vous, les Nord-Coréens ne revendiquent aucune supériorité intellectuelle, et pencheraient même vers l’anti-intellectualisme. On attribue pourtant à Kim Il-sung des douzaines de livres, et il a conçu sa propre doctrine, le Juché. Simple façade ?
Certains observateurs occidentaux considèrent avec faveur le pinceau du lettré qui figure sur le logo du Parti des travailleurs nord-coréens. Ils disent qu’il s’agit du « seul parti communiste au monde qui respecte l’activité intellectuelle ». C’est complètement absurde. Le pinceau n’est là que pour diluer l’engagement envers le véritable prolétariat, de même que l’Arbeiterpartei de Hitler étendait le concept de travailleur aux « ouvriers du cerveau ». En fait, le régime est profondément anti-intellectuels ; on y est éduqué non par les leaders, mais au sujet des leaders. La pseudo-doctrine du Juché n’a été forgée dans les années 1970 que pour conforter le statut de Kim Il-sung comme grand penseur. Son contenu n’est qu’un méli-mélo ridicule et incohérent de clichés tels que « l’homme est le maître de toute chose ». De manière significative, ces maximes n’apparaissent jamais dans la propagande quotidienne, et les Nord-Coréens sont eux-mêmes incapables d’expliquer la doctrine du Juché. La véritable idéologie dominante, aujourd’hui comme en 1945, c’est l’ultranationalisme – ce qui n’a rien à voir avec le Juché.
La xénophobie nord-coréenne s’applique évidemment d’abord aux « Caucasiens », en particulier aux Américains. Mais qu’en est-il des alliés traditionnels du pays, les Russes et les Chinois ?
Ils sont eux aussi concernés. L’Occident s’imagine à tort que Pyongyang est lié aux Chinois par une sorte de fraternité communiste et aux Russes par une bienveillance empreinte de nostalgie. Mais, puisque la race coréenne est d’une pureté physique, et donc morale, unique, il s’ensuit que les étrangers, même amicaux, sont impurs et non fiables. Cela rappelle encore les régimes ultranationalistes du XXe siècle : l’Allemagne nazie et le Japon éprouvaient un profond dégoût racial les uns pour les autres, tout en combattant du même côté. C’est donc une erreur de croire que le régime prête davantage l’oreille à Pékin qu’à Washington. Même pendant la guerre de Corée, les Nord-Coréens n’obéissaient pas aux Chinois, alors que leur survie dépendait de leur aide. Pourquoi donc se montreraient-ils plus dociles aujourd’hui, alors qu’ils disposent de leur propre capacité nucléaire ?
Qu’en est-il des Coréens du Sud ? Ils possèdent bien sûr la même qualité raciale que leurs frères du Nord, mais sont-ils aussi « vertueux » ?
La propagande nord-coréenne fait rage contre la contamination culturelle de la « colonie yankee » par les Américains et contre la « pollution génétique » résultant des mariages de plus en plus fréquents entre fermiers sud-coréens et femmes d’Asie du Sud-Est. Pourtant, on persiste à considérer les Sud-Coréens comme des frères de misère, impatients de rejoindre l’étreinte purificatrice du « Cher Leader ». Il ne faut pas oublier que la légitimité du régime de Kim Jong-il est largement fondée sur la mission « sacrée » de libération des Sud-Coréens. Le régime ne peut donc pas trop critiquer la population sud-coréenne elle-même, et doit réserver ses injures aux « valets des Yankees » de Séoul et à leur « armée de marionnettes ».
Dans la mesure où les populations du Nord et du Sud évoluent très différemment, y compris sur les plans du langage et de l’apparence physique, une réunification du pays est-elle encore possible, voire souhaitée ?
Les Sud-Coréens n’en veulent plus vraiment. On pourrait dire qu’ils ont une attitude augustinienne : « Oh ! Dieu, accorde-moi la réunification, mais pas tout de suite ! » Séoul rêve d’une réunification très graduelle, dans un futur toujours plus lointain. Les Nord-Coréens, en revanche, sont beaucoup plus impatients, et on les comprend : le régime tente en permanence de justifier les difficultés et les sacrifices par la nécessité de renforcer le pays contre la menace américaine. Ils croient donc que, dans une Corée réunifiée – sous la houlette de Pyongyang, cela va sans dire –, leur niveau de vie pourrait enfin progresser. Quant à Kim Jong-il, il sait parfaitement que la Corée du Nord n’est pas viable à long terme si le Sud continue de prospérer, car il oppose un démenti formel aux mythes qui fondent le culte de la personnalité.
En dépit de sa « vertu », le régime nord-coréen pratique toutes sortes d’activités insolites, de la fausse monnaie au trafic de drogue, du kidnapping au terrorisme et au chantage nucléaire. Comment parvient-il à justifier cela ?
Là encore, le parallèle avec le fascisme du XXe siècle s’impose. Tout ce qui est dans l’intérêt de la « race pure » se justifie automatiquement. Comme les Allemands et les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale, Pyongyang viole allègrement les accords internationaux. Le régime admet ouvertement face à son peuple qu’il peut à sa guise ignorer les stipulations des traités qu’il a lui-même signés – par exemple le traité de non-prolifération – dès qu’elles cessent d’être favorables aux intérêts du pays. Il faut comparer cela avec l’attitude de l’URSS, qui se donnait le plus grand mal pour apparaître comme l’État le plus respectueux des traités.
Dans ces circonstances, peut-on s’attendre à une quelconque réconciliation du pays avec les États-Unis ?
Non. Une Corée du Nord collaborant avec l’Amérique, intégrée au système mondial, ne pourrait justifier son existence. Si la Corée du Nord passait de « l’armée d’abord » à « l’économie d’abord », elle deviendrait une Corée du Sud de quatrième ordre. En outre, les exigences de l’Occident envers elle sont, de fait, presque intolérables. Si Washington demandait à Paris d’abandonner l’arme nucléaire en échange d’une aide financière massive, les Français seraient-ils d’accord ? Bien sûr que non. Alors pourquoi un régime dominé par l’armée accepterait-il de sacrifier sa seule cause de fierté ? Cela revient à demander à Kim Jong-il de se suicider politiquement !
La propagande a pris des proportions inédites en Corée du Nord, et les deux leaders qui ont dirigé le régime sont considérés comme des quasi-dieux. Kim Jong-un, successeur présumé de son père, bénéficiera-t-il du même traitement ?
Le « quasi » est ici important. Contrairement à une croyance très répandue à l’étranger, le régime n’attribue pas de pouvoirs divins aux dirigeants, ni au leader actuel ni à son père. En réalité, la forme de la propagande est beaucoup plus extravagante que son contenu réel. Pour autant, il sera difficile d’accorder à Kim Jong-un le même niveau de glorification. D’abord, il faut bâtir son mythe à partir de zéro, à un moment où les Nord-Coréens disposent d’un accès sans précédent – même s’il est illégal – à l’information extérieure. En outre, il n’est pas facile d’encenser un homme jeune et inexpérimenté, dont on peut voir l’enfance privilégiée, via les photos publiées sur Internet ; et qui se promenait en Suisse avec ses chaînes en or pendant les années de famine. Et puis, le régime a toujours promu l’image d’un Kim Jong-il célibataire et mélancolique, entièrement dévoué aux masses. Et voilà qu’il faut célébrer un fils dont on n’a jamais parlé avant 2009, et dont on ne connaît pas la mère ! Il ne faut donc pas s’étonner que le régime n’ait pas encore sérieusement inauguré son culte. Il semble que l’appareil de propagande soit un peu perdu.
D’autant que, loin d’être protégés et nourris par leurs « parents », les Nord-Coréens subissent famine sur famine, et commenceraient même à se rebeller. Croyez-vous que l’idéologie nationaliste suffise à maintenir la cohésion ?
Comme chacun sait, les régimes communistes d’Europe de l’Est ont perdu le soutien des populations lorsque les gens ont commencé à réaliser qu’il n’y avait aucune perspective d’amélioration économique. Le nationalisme, en revanche, fonctionne aussi bien dans les mauvaises que dans les bonnes périodes. Quand les choses vont bien, on dit que c’est un effet de la supériorité raciale ; quand ça va mal, c’est de la faute des étrangers. Et puis, un État nationaliste se confond avec la nation : se rebeller contre le Leader, c’est trahir ses propres frères. On l’a bien vu lors des derniers mois du IIIe Reich : les Allemands étaient de plus en plus hostiles envers la bureaucratie nazie ; mais ils n’ont pas retiré leur soutien à Hitler ni poussé à la reddition. C’est un peu la même chose en Corée du Nord. Les gens en ont assez de la misère et sont furieux contre les dirigeants du parti qui s’en mettent plein la panse, mais ils estiment que Kim Jong-il est au-dessus du lot et n’a simplement pas connaissance de cette corruption. Mais les Nord-Coréens ne sont pas idiots : à partir d’un certain point, ils décideront qu’ils en ont assez. La transition en faveur du jeune Kim Jong-un va s’accompagner d’une transition sociopsychologique : ce sera pour le peuple l’occasion unique, exceptionnelle, de retirer son soutien au régime sans sacrifier sa fierté, son nationalisme et sa confiance en soi. Cela pourrait expliquer les rumeurs actuelles d’agitation, quoi qu’elles me laissent un peu sceptique. Les commerçants des zones frontalières mentionnent régulièrement des opérations de répression du marché noir, mais celui-ci n’a rien d’une activité insurrectionnelle. « S’enrichir, c’est faire acte de patriotisme », dit un dicton très populaire. De nombreux Nord-Coréens pensent que leurs activités sur le marché libre renforcent le pays, et que si les cadres du parti essaient de les enrayer, c’est uniquement pour des raisons personnelles ; c’est d’ailleurs effectivement souvent le cas. Quand les commerçants se rebellent, ce n’est donc pas contre l’État lui-même.
À quoi peut-on s’attendre, dans ce contexte ?
Tout converge pour inciter Kim Jong-il à une nouvelle démonstration de force dans les mois qui viennent. Tout d’abord, la promesse du régime d’améliorer radicalement la situation économique avant 2012 est vouée à l’échec. Cela devrait favoriser les bruits de bottes. Le régime aimerait bien aussi que les Coréens du Sud se lassent de la tension entre les deux pays et se débarrassent du parti conservateur lors de l’élection présidentielle de 2012, pour ramener au pouvoir une gauche beaucoup plus accommodante. À quoi il faut ajouter bien sûr l’urgence de procurer à Kim Jong-un sa propre légende victorieuse. Au minimum, je m’attends à un nouveau test nucléaire très prochainement. Au pire, on pourrait assister à une nouvelle attaque contre la Corée du Sud, semblable à celle de 2010. Un président avec des priorités économiques, comme Sarkozy ou Obama, doit produire de la croissance économique pour rester en place. Un général avec des priorités militaires, comme Kim Jong-il, doit régulièrement alimenter la fierté de la nation dans sa propre force. C’est aussi bête que cela.
Vous avez réussi à exhumer des documents qui n’avaient pas encore été analysés par les chercheurs occidentaux. Comment y êtes-vous parvenu ?
C’est une question d’attitude. La plupart des spécialistes occidentaux de Pyongyang, de gauche comme de droite, raisonnent comme si la Corée du Nord se contentait de réagir aux stimuli américains, et n’avait aucune vie idéologique propre. J’ai assisté à Washington à des séminaires où l’idéologie n’était jamais mentionnée. Jamais ! Quelle différence avec la guerre froide, où le point de départ de la kremlinologie était une bonne connaissance du marxisme-léninisme. Quand j’ai commencé mes recherches sur la Corée du Nord, j’ai commencé par me tourner vers les sources accessibles. La Bibliothèque du Congrès est remplie de livres en provenance de Pyongyang que personne ne consulte jamais. Dans le domaine des études nord-coréennes on trouve quantité de gens très bien payés, qui ne peuvent lire un mot de coréen. À Washington, on place la fréquence des voyages à Pyongyang avant la recherche. Cela permet aux pourvoyeurs de visas de Kim Jong-il de façonner à leur guise l’opinion des experts américains. « Tel ou tel connaît tout de la Corée du Nord – il y est allé huit fois »… J’ai vu au cours de ma vie le dédain envers les idéologies étrangères, notamment nationalistes, provoquer des guerres désastreuses au Vietnam, en Irak, et en Afghanistan. J’ai bien peur que nous ne soyons encore une fois en train de commettre la même erreur.
Propos recueillis par Jean-Louis de Montesquiou.
LE LIVRE
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La Race des purs de Brian Reynolds Myers, Éditions Saint-Simon, 2011

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