La sale filière de nos batteries
Publié en février 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Chaque fois que vous allumez votre portable ou votre ordi, que vous changez la pile d’un jouet de votre enfant ou que vous démarrez votre voiture électrique, vous alimentez sans le savoir, ou peut-être en le sachant, une chaîne d’approvisionnement au bout de laquelle suent et s’usent enfants et quasi-esclaves.
Nicolas Niarchos est le petit-fils du célèbre armateur grec, nous apprend Jeevan Vasagar dans The Observer. Il fait patrie d’une espèce en voie d’extinction, les journalistes qui paient de leur personne en allant enquêter sur place, pour voir de leurs yeux, en prenant des risques. Niarchos est un grand connaisseur du Congo, l’ex-Congo belge. Pour avoir un peu trop fouillé les conditions dans lesquelles le lithium de nos batteries est récolté, il a été arrêté dans le bar d’un hôtel de Lubumbashi, la deuxième ville du Congo, rapporte Chris Stokel-Walker dans Nature. Embarqué dans un avion pour Kinshasa, il y a été détenu et interrogé avant d’être expulsé du pays. Car les conditions sordides dans lesquelles sont souvent (pas toujours, faut-il croire) extraits les métaux rares qui alimentent nos batteries, lithium et cobalt en tête, sont protégées tant par l’État congolais que par les entreprises qui les exportent, essentiellement vers la Chine, pour être traités. « Le Congo est l’exemple phare du modèle “extractif” de gouvernance d’État (c’est-à-dire corrompu, autocratique et écologiquement irresponsable) décrit par Daron Acemoğlu et James Robinson dans Pourquoi les nations échouent », écrit Martin Vander Weyer dans la Literary Review. Il précise que les autorités congolaises n’ont laissé partir Niarchos qu’à la condition qu’il signe un engagement de ne jamais rapporter ce qu’il a vu dans le pays. Le journaliste a signé mais pas honoré son engagement. Il a été entendu par une commission du Congrès qui s’intéresse aux conditions d’extraction des minéraux qui entrent dans la composition des batteries.
La batterie est au cœur de la révolution énergétique en cours, mais pas seulement : c’est elle qui alimente les drones de la guerre en Ukraine. Elle alimente peut-être aussi les poches profondes de Donald Trump. En échange d’une trêve négociée entre le Rwanda et le Congo, ce dernier a cherché à prendre des intérêts dans une compagnie minière congolaise. En signant l’accord de paix (non respecté), le président américain a déclaré : « Il y a une incroyable richesse dans cette terre magnifique ».
