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Art

La vraie beauté du faux

Ce qui définit l’œuvre, ce n’est pas la main qui l’a faite.

Sachant que les historiens de l’art avaient relevé un vide dans la production de Vermeer entre la première période, influencée par Le Caravage, et la dernière, organisée autour d’un projet unique de transformation de la lumière, van Meegeren a peint un tableau destiné à combler cette lacune. Il choisit un thème traditionnel de l’époque, les pèlerins d’Emmaüs. Maintenant, qu’importe que cette toile ait été peinte ou non par Vermeer ? Certes, l’authenticité intéresse les acheteurs, qui en font le plus grand cas lorsqu’ils décident des prix. Mais le marché de l’art reste attaché à la conception romantique de l’artiste, celle d’un génie irremplaçable que nul ne saurait imiter à la perfection. Po
urtant, dans la Rome antique, les copies des grands sculpteurs grecs circulaient de main en main à des prix astronomiques et les sénateurs romains se les arrachaient pour en décorer leurs villas. Rodin lui-même signait des œuvres exécutées par ses meilleurs disciples. Ce qui définit l’œuvre d’un artiste, ce n’est pas la main qui l’a peinte, mais la manière dont elle en structure les différentes parties ; manière qui caractérise l’ensemble des travaux du peintre et de ses proches disciples. C’est dans ce jeu du beau et du laid, du bon et du mauvais travail que se construit une grammaire qui donne du sens à notre lecture. Mais cette grammaire n’est pas figée. Elle offre une rationalité partielle qui s’articule au discours : la parole du spectateur participe de la contemplation du beau, elle configure le passage de la perception à la réflexion esthétique, contribuant à faire de l’œuvre une réalité intersubjective. Les uns encensent le tableau, d’autres le dénigrent ; mais tous en parlent, lui conférant par là même une existence, une légitimité. Les musées sont remplis de pièces à l’authenticité douteuse. La tromperie du faussaire n’affecte pas ce jeu auquel nous participons tous, dès lors que nous apprenons à visiter des musées et des galeries, à vivre au sein de l’art, à juger du beau et du laid, à distinguer une œuvre magistrale d’un travail médiocre. Traduit du brésilien par Myriam Benarroch.

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