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Tout faux
Temps de lecture 1 min

Le canular Mozart


Crédit : Philippe Put

Devenir plus beau, plus intelligent, plus riche, beaucoup en rêvent. Et c’est encore mieux si la chose est facile. Alors quand, dans les années 1990, des scientifiques affirment qu’il suffit d’écouter Mozart pour doper son QI, tout le monde ou presque ne jure bientôt plus que par lui. L’écoute de la musique classique, dont le génie salzbourgeois est l’un des emblèmes, écoute traditionnellement associée à la haute culture et à l’intelligence, stimulerait naturellement les facultés de l’auditeur.
Cette théorie est présentée par un médecin niçois un peu inspiré dans un livre intitulé Pourquoi Mozart ?, paru en 1991. Elle est rapidement confirmée par Nature. La prestigieuse revue scientifique, expérience à l’appui, valide en 1993 l’équation : Mozart = intelligence. Le New York Times publie à son tour une enquête dont la conclusion est sans ambages : « Ecouter Mozart rend effectivement plus intelligent ». Un Américain, Don Campbell, flaire alors le bon filon et publie trois ans plus tard L’Effet Mozart, dont le succès sert de tremplin à une véritable industrie : un autre livre, destiné tout particulièrement aux parents, divers produits audio censés élever le QI des nouveau-nés, des bébés et des enfants. L’« effet Mozart » sera ensuite décliné pour adultes : l’écoute du compositeur développerait le bien-être et les facultés intellectuelles de tous; sans compter qu’elle aurait le pouvoir de soigner divers troubles psychiques.

Alors, pourquoi n’écoute-t-on pas Mozart en boucle à l’école, dans les maternités, au travail et dans les hôpitaux ? Parce que la théorie s’est vite révélée complètement oiseuse. Une vingtaine d’études scientifiques ont été menées, sans qu’aucune ne puisse corroborer les résultats de celle publiée initialement dans Nature. Et pour cause ! Elle était particulièrement indigente, ne portant que sur un groupe d’étudiants dont on testait certaines facultés de raisonnement spatial après dix minutes d’écoute d’une sonate. Bonne nouvelle : l’amour de la musique est la seule raison d’écouter Mozart.

LE LIVRE
LE LIVRE

L’Effet Mozart de Don Campbell, Le Jour, 1998

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