Les racines poétiques du rap
par Les racines poétiques du rap
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Les racines poétiques du rap

Écrit par publié le le 19 avril 2018

Kendrick Lamar / Kenny Sun

Le prix Pulitzer dans la catégorie musique a été décerné au rappeur Kendrick Lamar. C’est une première pour un artiste de hip-hop. Mais rien de vraiment surprenant, si l’on en croit Adam Bradley, qui enseigne la littérature au Claremont McKenna College en Californie du Sud. Dans Book of Rhymes, il écrit que le rap est « la poésie la plus largement diffusée de l’histoire du monde », « mais sa popularité repose en partie sur le fait que les gens ne le reconnaissent pas comme tel ».

Le hip-hop a réintroduit le plaisir simple d’entendre un schéma rythmique surprenant, assure-t-il. Le rap est « le mètre poétique rendu audible ».

Les rimes croisées « cassées » (assembler un mot plurisyllabique avec plusieurs monosyllabes), utilisées par les rappeurs n’étaient pas étrangères à un Lord Byron, par exemple. Bradley ne suggère pas pour autant que la légitimité du rap dérive de son utilisation de constructions classiques. Il assure au contraire que le hip hop contient beaucoup de « techniques que les rappeurs n’ont pas héritées, mais créées pour les besoins de l’expression de leur liberté ». Bradley se concentre sur les constructions métaphoriques, le jeu sur les mots et les innovations narratives, et dessine ainsi des parallèles entre les prodigieux monologues dramatiques de Robert Browning et d’Eminem ; entre les usages des formes et de la vulgarité dans le poème de Langston Hugues « Sylvester’s Dying Bed» et le classique de Ice-T « 6 ’n the Mornin’ » ; entre la structure et la narration de « Rime of the Ancient Mariner » de Colleridge et « Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang…

Nombreux sont les rappeurs à rejeter cette association. « Ils pensent que cela rend le rap obsolète, car c’est comme ça qu’ils voient la poésie », écrit Bradley. Même chose pour les amoureux de la poésie, pour qui le hip-hop est simpliste et empile les clichés. Bradley reconnaît que certains textes le sont, mais ces derniers ne doivent pas occulter les plus puissants et originaux. Selon lui, des vers ratés du XVIIe siècle ne disqualifient pas John Donne en tant que poète.

 

 

A lire aussi dans Books : Hip-hop, qu’as-tu fait de ta révolte ?, juillet-août 2010.

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