Les mangas de Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi prenait le manga à contre-pied. Il bouleversait tous les codes. Sans action, sans lectorat précis, sans stéréotypes, parfois même sans paroles, ses histoires empreintes de nostalgie peuvent être lues comme une contestation radicale du Japon productiviste.


© Tanigushi / Casterman

Dans Le Gourmet solitaire, Jirô Taniguchi croque dix-huit fois l’homme qui mange.

Au retour de son voyage au Japon, Roland Barthes consacra en 1970 dans son essai L’Empire des signes quelques pages à la gastronomie japonaise. En particulier à la tempura, une préparation de beignets de légumes ou autres, dont le sémiologue tirait une méditation inspirée sur le signe vide et la conception de l’espace au Japon. C’est que la cuisine conduit toujours à la culture, et ce que nous mangeons à ce que nous pensons. Surtout dans une société aussi ritualisée que la japonaise. Est-ce cette idée qui a séduit Jirô Taniguchi, l’un des maîtres du manga, disparu en 2017, et qui l’a conduit à dessiner en 1997 cet album, Le Gourmet solitaire, phénomène d’édition au Japon où il s’est écoulé à plus de 500 000 exemplaires ? Né en 1947 à Tottori, une ville située dans le sud-ouest de l’île d’Honshu, Jirô Taniguchi est un autodidacte. Pas d’école d’art, pas d’études, mais un besoin compulsif dès l’enfance de dessiner. Partout. Sur les feuillets de ses cahiers, au dos des grandes feuilles de papier qui servent à son père, tailleur, à bâtir ...
LE LIVRE
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Le Gourmet solitaire de Jirô Taniguchi, avec Masayuki Kusumi, Casterman, 2018

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