Soutenez la presse indépendante ! Abonnez-vous à Books, à partir de 8€/mois.

Les meilleures ventes au Mali – Hantés par la guerre

Les rares lecteurs cherchent à en savoir plus sur l’histoire récente de leur pays et sur les rébellions qui secouent à intervalles réguliers les régions du Nord.

Le Mali a beau avoir été pionnier en Afrique en créant dès 1977 un réseau de bibliothèques publiques, il se heurte à des obstacles tenaces au développement du livre.

Outre le faible pouvoir d’achat de la population et l’analphabétisme – qui touche près de 65 % des adultes –, la culture de l’oralité et le sens aigu de la collectivité rendent l’acte individuel qu’est la lecture difficile à intégrer. Il faut aussi compter avec le piratage à grande échelle des ouvrages scolaires, qui limite la diversité éditoriale. Résultat, les librairies sont quasiment toutes concentrées dans la capitale. Comme la très réputée librairie Bah, située dans le hall du Grand Hôtel de Bamako.

Depuis le début de l’année, ses meilleures ventes témoignent de l’intérêt des lecteurs maliens pour l’histoire contemporaine de leur pays. Témoin, Rébellions au nord du Mali. Des origines à nos jours, cosigné par Choguel Kokalla Maïga, ancien ministre et président du Mouvement patriotique pour le renouveau, et Issiaka Ahmadou Singaré, un universitaire membre du même parti. Cet essai paru en 2018 s’intéresse aux soulèvements récurrents qui secouent le nord du pays, de la rébellion touarègue de 1963-1964 à l’effondrement de l’État malien en 2012. Parce qu’il éclaire la situation du nord du pays avant et pendant la colonisation et souligne la responsabilité des gouvernements successifs ainsi que des soutiens extérieurs aux mouvements rebelles, l’ouvrage a suscité un vif débat.

Les lecteurs se passionnent aussi pour d’autres périodes sombres de leur histoire récente – qu’il s’agisse des tortures et des exécutions perpétrées sous le régime militaire de Moussa Traoré, au pouvoir de 1968 à 1991 ( Transferts définitifs), ou de l’opération Serval, lancée par la France en 2013 pour soutenir l’armée malienne contre l’offensive des groupes islamistes armés (Les Mafias du Mali et La Guerre de la France au Mali).

Même quand ils optent pour la littérature, les lecteurs maliens plébiscitent les romans qui portent un regard critique sur l’élite de leur pays. C’est notamment le cas du Devoir de violence, roman culte du Malien Yambo Ouologuem, premier prix Renaudot attribué à un Africain en 1968, terni par des accusations de plagiat puis réédité en 2018.

Notons enfin que, même s’il n’existe qu’une quinzaine de maisons d’édition au Mali, elles figurent en bonne place dans ce classement, devant les grands éditeurs parisiens. Ainsi des éditions Tombouctou, fondées en 2007 et représentées ici par un de leurs auteurs, le très prometteur Paul-Marie Traoré.

Après Les Fils Kabendy, une histoire mouvementée d’amour et d’inceste, son nouveau roman Jeu de dames fait partie des six finalistes du prix Orange du livre en Afrique 2020 (qui devait être décerné le 4 juin à Tunis).

SUR LE MÊME THÈME

Bestseller Retour du refoulé
Bestseller Rock et répression
Bestseller Femmes sans paroles

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.