Nicholas Carr : « Nous déléguons trop de tâches aux machines »
par Baptiste Touverey

Nicholas Carr : « Nous déléguons trop de tâches aux machines »

C’est une évolution inquiétante. Contrairement à ce qui s’est passé lors des révolutions industrielles précédentes, la machine numérique prend souvent en charge tout ou partie du travail intellectuel. L’automatisation a tendance à fortement réduire nos capacités d’action et de réflexion.

Publié dans le magazine Books, janvier/février 2018. Par Baptiste Touverey

© Scott Keneally

Nicholas Carr : « Il faudrait une automatisation centrée sur l’humain, dans laquelle les systèmes seraient conçus pour aider les gens au lieu de tenter de les contourner. »

Le blogueur et essayiste américain Nicholas Carr est l’un des plus importants (et virulents) critiques du numérique. En juillet 2008, il a publié dans The Atlantic un long article qui a fait grand bruit : « Google nous rend-il stupides ? » L’article est devenu un livre, Internet rend-il bête (Robert Laffont, 2011). D’autres ouvrages sur Internet ont suivi.   L’automatisation a atteint un ­niveau de perfectionnement dont nous n’aurions pas osé rêver il y a ­encore quelques ­années. Comment l’expliquez-vous ? Par une série de progrès simultanés dans des domaines cruciaux : d’abord ce qu’on appelle la « perception par ­machine » – les divers systèmes sensoriels comme le ­radar, le laser et la cartographie numérique, qui permettent aux robots de se déplacer dans le monde réel ; ensuite le traitement ­automatique du langage naturel, grâce ­auquel les ordinateurs peuvent interpréter des questions et des instructions écrites ou parlées. Il y a aussi les moteurs de ­recherche, qui extraient très rapidement une information pertinente d’énormes bases de données. Mentionnons, enfin, l’apprentissage automatique, une technique d’intelligence artificielle au moyen de laquelle les ordinateurs distinguent des motifs dans les données et peuvent ainsi faire des prédictions sur des événements complexes.   Au début de Remplacer l’humain, pour illus­trer les progrès accomplis par l’automa­tisation, vous citez la Google Car. Mais qu’est-ce qu’une voiture sans conducteur a de si prodigieux ? Pendant longtemps et jusqu’à très récem­ment, les spécialistes soutenaient qu’il existait des limites concrètes à l’automatisation de nos facultés intellectuelles, en particulier…

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