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The Black President

Compositeur de génie, admirateur de Haendel, révéré des plus grands noms de la musique, Fela Kuti était aussi un fumeur invétéré de cannabis, un boulimique sexuel et un opposant politique acharné. Sa véritable guerre du son contre la dictature nigériane lui a valu d’être harcelé, emprisonné et torturé. Bien plus violent que Dylan ou Marley, celui qui s’était autoproclamé le « Président noir » reste la référence de tous les déçus du postcolonialisme.

En août 1972, Paul McCartney était à Lagos. L’idée était d’enregistrer un nouveau disque – le futur Band on the Run – ailleurs qu’à Abbey Road. EMI avait eu beau proposer ses studios de Rio ou Pékin, l’ancien chanteur des Beatles avait exigé la capitale nigériane, s’imaginant « allongé sur la plage toute la journée à ne rien faire, pour enregistrer la nuit ». Comme il le remarqua avec flegme par la suite, « ça ne s’est pas exactement passé comme ça » : il fit l’expérience d’une agression au couteau, des lépreux dans la rue, des militaires omniprésents, de la corruption et de l’insécurité rampante. Lagos n’en avait pas moins ses charmes. À commencer par la possibilité d’écouter le groupe de Fela Ransome-Kuti, « le meilleur groupe que j’aie jamais vu sur scène », confia-t-il. « Quand Fela et son groupe se sont enfin mis à jouer, après une longue et délirante introduction, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer de joie. C’était une expérience bouleversante. » Transporté, McCartney envisagea alors d’enregistrer avec certains musiciens de cet extraordinaire brasier de 33 ans. Quand Fela eut vent du projet, il dénonça McCartney sur scène, avant de débarquer au studio en lui reprochant de « voler la musique de l’homme noir ». « Nous allions utiliser des musiciens africains, expliqua à l’époque McCartney ; mais quand on nous a reproché de leur faucher leur musique, nous nous sommes dit : « Bon, comme vous voudrez, on va la faire nous-mêmes. » Je pensais que ma visite leur rendrait plutôt service, en attirant l’attention sur Lagos. Les gens diraient : « Tiens, à propos, à quoi ressemble la musique, là-bas ? » Et je répondrais qu’elle est incroyable. Incroyable… Ils font une musique inouïe, là-bas. » Cet incident déclencha à Lagos une tempête éphémère. Mais il illustre à merveille la témérité de Fela, son goût de la polémique et la façon qu’il avait de se moquer totalement de sa propre réussite. Quand Motown voulut créer un label africain au début des années 1980, la maison de disques américaine lui proposa un contrat de 1 million de dollars, alors même que Fela persistait à enregistrer des morceaux de soixante minutes (impossibles à diffuser à la radio) et refusait de jouer ses anciens tubes, empêchant le public de ses concerts d’entendre jamais ses plus grands succès. Très excité, Rikki Stein, l’un de ses managers de l’époque, s’envola vers Lagos pour discuter du contrat. Il raconte que Fela consulta les esprits, par l’intermédiaire de son sorcier personnel, le professeur Hindu. Pendant deux ans, ceux-ci refusèrent de le laisser signer, et Fela exigea en outre de ne céder que temporairement les droits sur ses anciens titres. « Malgré tout, Motown accepta. Mais au bout de deux ans, en avril 1985, le mois même où Fela était sur le point de signer, le type de Motown s’est fait virer et tout est tombé à l’eau. Les esprits se doutaient peut-être de quelque chose », conclut Stein.   Gilberto Gil confie que sa rencontre avec Fela a bouleversé sa vie Fela Kuti était le rebelle absolu, un révolutionnaire panafricain, prodigieux fumeur de cannabis, polygame et adepte du spiritisme. Ce danseur, saxophoniste et compositeur fut sans relâche harcelé, tabassé et torturé par les autorités. Il se faisait appeler « Abami Edo », le Bizarre. Il abandonna le Ransome (1) de son patronyme – « est-ce que j’ai une tête d’Anglais ? » – pour adopter le surnom d’Anikulapo (« Celui qui transporte la mort dans son sac »). Et aimait aussi prendre le titre de Black President, le « Président noir ». Plus de dix ans après sa mort, on n’a pas fini d’explorer les mystères qui l’entourent. McCartney ne fut pas la seule superstar, dans les années 1970, à reconnaître les innovations musicales de Fela, sa façon de faire fusionner le jazz et une musique populaire d’Afrique anglophone, le highlife, avec les rythmes du funk pour créer l’afrobeat. Quand James Brown fit une tournée au Nigeria en 1970, se souvient le bassiste William Collins, « Fela avait une boîte à Lagos. Nous y sommes allés et on nous a traités comme des rois. On leur a dit qu’on n’avait jamais rien entendu de plus funky de toute notre vie. Enfin quoi, nous étions les musiciens de James Brown ; mais, à côté d’eux, nous n’étions rien du tout ! ». La musique de Fela a essaimé dans toutes sortes de directions. Le chanteur et compositeur brésilien Gilberto Gil affirme que sa rencontre avec lui à Lagos a bouleversé sa vie : « Je me suis senti comme un arbre transplanté enfin capable de fleurir. » Et c’est une autre musicienne, Viv Albertine, du groupe punk rock The Slits, qui m’a fait découvrir Fela au début des années 1980, quand j’ai à mon tour succombé à l’obsession, ne comprenant pas pourquoi ce type n’était pas encore l’une des plus grandes stars mondiales. Né le 15 octobre 1938, Olufela Olusegun Oludotun Ransome-Kuti était le quatrième des cinq enfants d’une famille de la classe moyenne nigériane. Son père, le révérend Israel Ransome-Kuti, fut le premier président du Syndicat des enseignants. Sa mère, Funmilayo, était une féministe et militante politique, également connue pour avoir été la première femme à conduire une voiture au Nigeria. Lauréate du prix Lénine pour la Paix, elle se rendit en Russie et en Chine, où elle rencontra Mao. En 1958, Fela fut envoyé à Londres, peut-être pour étudier la médecine, mais il préféra s’inscrire au Trinity College of Music. Pendant quatre ans, il étudia le piano, la composition et la théorie musicale, tout en se faisant un nom sur la scène R&B avec son groupe jazz et highlife Koola Lobitos. En 1961, il épousait sa première femme, Remi, qui lui donna un fils, Femi. Selon un ami de l’époque, J.K. Braimah, « c’était un type bien, très beau. Mais ringard comme pas deux. Il ne fumait pas de cigarettes, et encore moins de l’herbe. Il avait peur de baiser ! Il fallait lui prendre la bite par la main, la lui tenir et la mettre dans le trou à sa place, je le jure ! ». En janvier 1984, quand j’ai rencontré Fela pour la première fois, au Russell Hotel de Londres, je lui ai demandé pour quel musicien il avait le plus de respect. Il m’a répondu : « Haendel. Georg Friedrich Haendel. » Je lui ai dit que mon père était fou de Haendel et, au milieu de la fumée des joints, nous avons discuté du Dixit Dominus et des Concerti grossi. À la réflexion, la référence n’avait rien d’improbable. On trouve dans la musique de Fela le même mélange de solidité et de transcendance, et j’ai cru déceler des
échos du compositeur allemand dans certains morceaux de l’inventeur de l’afrobeat. Fela m’a d’ailleurs confié qu’il pensait écrire de la « musique classique africaine ». « La musique occidentale, c’est Bach, Haendel et Schubert. C’est de la bonne musique, intelligemment faite : en tant que musicien, je peux m’en rendre compte. Le classique fait de l’effet sur les musiciens. Mais la musique africaine fait de l’effet sur tout le monde. Dès que vous avez des battements, c’est de la musique africaine. Le jazz a été le début de la musique rythmique, qui a évolué pour donner le rock. Mais les musiciens de jazz, trop loin de leur patrie, ont perdu les rythmes complexes de la musique africaine. » Je lui ai demandé si les Européens étaient capables de jouer de la musique africaine. Réponse : « Je vais vous dire un truc. Quand j’étais à Londres, il y a vingt ans, les Blancs ne savaient pas danser. Maintenant, ils dansent plutôt bien. »   Aux États-Unis, il découvre le langage de la révolution À son retour de Londres, en 1963, Fela travailla comme producteur radio et reforma les Koola Lobitos. Mais c’est le premier voyage du groupe aux États-Unis, en 1969, qui changea réellement leur son, tandis que Fela entamait une évolution personnelle, parlant pour la première fois le langage de la révolution. Ruiné, déprimé, travaillant clandestinement après l’expiration de son visa, il rencontra Sandra Smith à l’Ambassador Hotel de New York, à l’occasion d’un concert du groupe. Elle était membre des Black Panthers. Ils devinrent amants. Elle lui fit découvrir Eldridge Cleaver et Malcolm X et le persuada d’écrire des textes « engagés ». Rebaptisé Africa 70, le groupe monta en puissance à son retour à Lagos en 1971, inaugurant une série de tubes. Fela inventa alors le terme afrobeat et créa une sorte de communauté hippie dans une vaste propriété. Près de cent personnes vivaient là : les musiciens, les groupies et tous ceux qui avaient un rapport avec la boîte de nuit ouverte par Fela, l’Afro-Spot, qu’il rebaptiserait bientôt The Shrine (« le Sanctuaire »). Fela devint le héros des laissés-pour-compte en s’attaquant systématiquement à la classe dirigeante. Témoin la chanson Gentleman, où il ridiculise ceux qui, en Afrique, suivent les modes occidentales :

Him put him socks him put him shoes, him put him pants him put him singlet, him put him trouser him put him shirt, him put him tie, him put him coat, him cover over all with him hat him go sweat all over, him go faint right down, him go smell like shit.

(« Lui mettre chaussettes, lui mettre chaussures, lui mettre caleçon, lui mettre maillot de corps, lui mettre pantalon, lui mettre chemise, lui mettre cravate, lui mettre veste, lui couvrir tout ça avec chapeau, lui transpirer de partout, lui tomber évanoui, lui puer la merde. »)

En 1974, les autorités réagirent à ses attaques en envoyant l’armée l’arrêter et raser presque entièrement sa maison. Le chanteur s’empressa d’enregistrer un titre portant le nom de la prison de Lagos (Alagbon Close), où il se moquait des autorités. Quand je suis entré dans la chambre d’hôtel de Fela, par ce froid après-midi de janvier 1984, celui qui s’était autoproclamé « Black President », « Celui qui Émane la Grandeur, Transporte la Mort dans son sac et Ne Peut Être Tué par un humain », était vêtu de son seul slip rouge, fumait un joint de la taille d’un cigare et regardait une série B. Âgé de 22 ans, Femi était là aussi, avec trois des épouses de Fela et le professeur Hindu. Cette semaine-là, au Town and Country Club de Londres, le professeur avait déconcerté un public sceptique en se coupant la langue et en faisant surgir de nulle part des montres et des vêtements. « Avant, tout allait mal pour moi, a expliqué Fela à propos de Hindu. Depuis que je l’ai rencontré il y a quatre ans, je vois une telle lumière spirituelle ! » J’ai découvert Fela à travers des disques comme Alagbon Close (1974) et Zombie (1976). Et on peut soutenir que l’album le plus révolutionnaire de l’année 1976 n’est pas Anarchy in the UK, des Sex Pistols, mais Zombie, avec son rythme mortel qui ne ressemble à aucun autre, ses cuivres tonitruants et ses textes en pidgin, le créole nigérian, qui fustigent la stupidité de l’armée nigériane.

Zombie no go turn unless you tell am to turn Zombie no go think unless you tell to think…

(« Le zombie il tourne pas sauf quand tu lui dis Tourne Le zombie il pense pas sauf quand tu lui dis Pense… »)

Cette chanson provoqua un nouvel assaut de l’armée contre la communauté fondée par Fela, baptisée « Kalakuta Republic », la République des voyous, dont il avait proclamé l’indépendance. Le 18 février 1977, plus de mille soldats armés ont encerclé les lieux, mis le feu au générateur électrique et molesté les habitants. Fela prétendit qu’il avait été traîné par les organes génitaux hors de la maison, puis roué de coups, ne devant son salut qu’à l’intervention d’un officier supérieur. De nombreuses femmes furent violées et la mère du chanteur, âgée de 78 ans, fut défenestrée. Elle mourut peu après. Fela entretint la polémique en faisant déposer le cercueil devant une caserne et en composant la chanson Coffin for Head of State (« Cercueil pour chef d’État »). Unknown Soldier (« Soldat inconnu »), l’un de ses chefs-d’œuvre, fut écrite après qu’une enquête officielle eut conclu que la communauté avait été détruite par « un soldat exaspéré et non identifié ».   « Le sexe, mec, c’est une des choses les plus importantes dans la vie » Selon le musicien John Collins, qui a connu Fela dans les années 1970 et en a tiré Fela. Kalakuta Notes, « il est allé beaucoup plus loin dans ses chansons que les habituels Bob Dylan, James Brown ou Bob Marley. Non seulement les chansons de Fela protestaient contre diverses formes d’injustice, mais elles attaquaient souvent avec véhémence des branches et des membres spécifiques du gouvernement nigérian ». Parmi ses cibles figura même le géant américain des télécommunications ITT, brocardé dans la chanson International Thief Thief (« Voleur Voleur International »). En 1979, Fela créa une organisation politique baptisée Movement of the People (MOP, « Mouvement du peuple »), déclarant vouloir se présenter à l’élection présidentielle. Mais les autorités utilisèrent tous les stratagèmes pour l’en empêcher. Quand nous nous sommes rencontrés, je lui ai demandé s’il pensait pouvoir devenir un jour président du Nigeria. « Sur le plan spirituel, chaque être humain a une destinée et un devoir à accomplir. Aucun Africain n’a jamais vu quelqu’un comme moi. Ils voient que je campe sur mes positions, malgré la violence. Sous le dernier régime militaire, j’étais le seul à prendre la parole contre le gouvernement et l’armée. Au Nigeria, tout peut arriver. Le jour où ceux qui essaient de diriger le pays n’arriveront plus à rien, ils baisseront peut-être la garde pour demander : “Fela, tu veux nous gouverner aujourd’hui ?” » Quelle sorte de régime dirigerait-il ? « Ce serait une révolution culturelle et spirituelle. Chaque individu aurait le sentiment d’être président, rien n’empêcherait les gens d’obtenir leur dû. » Dans la pièce, la fumée s’épaississait. Je m’efforçais de ne pas regarder ses épouses, sans donner l’impression que j’évitais de les regarder. En 1978, pour marquer le premier anniversaire de la mise à sac de Kalakuta, Fela avait épousé simultanément vingt-sept de ses danseuses. Il prétendit qu’il s’agissait d’une cérémonie traditionnelle, mais certains prêtres le contestèrent, soulignant qu’aucune dot n’avait été versée. Une rumeur prétend aussi que Fela avait empoché une somme coquette pour favoriser l’immigration illégale des artistes en question. Ce fut en tout cas un excellent coup de pub, même si, comme l’explique DJ Rita Ray, gérante d’un club londonien appelé Shrine et inspiré par le chanteur, « les danseuses n’étaient pas très bien considérées à l’époque, et Fela disait les rendre ainsi respectables. Il était extravagant, mais très progressiste ». Au cours de notre rencontre, je l’ai interrogé sur l’importance de la sexualité. « Le sexe, mec, c’est une des choses les plus importantes de la vie. Ce sont le christianisme et l’islam qui l’ont rendu immoral. Les gens devraient être fiers de dire : “La nuit dernière, j’ai baisé comme un dieu.” En Angleterre, quand un ministre a une aventure, il perd son boulot. En Afrique, s’il baise quatre cents femmes, on ne le remarque même pas, tu vois. » Dans des chansons comme Lady et Mattress (« Matelas »), ses textes donnent le sentiment que les femmes sont des êtres inférieurs. « Je ne dis pas que les femmes n’ont pas le droit de diriger un pays. Elles peuvent faire ce qu’elles veulent. Mais en Afrique, quand une femme est mariée, elle ne peut rien faire contre la volonté de son mari. Quand une femme n’aime pas un homme, elle devrait s’en trouver un autre. C’est pour ça que c’est génial, la polygamie… Un homme africain ne doit pas se mêler du ménage ou de la cuisine. Je sais me faire à manger, j’étais bien obligé quand j’étais étudiant à Londres. Mais si je donne une soirée et que c’est moi qui cuisine, les gens me traitent de “moins que rien”. Je ne vois pas pourquoi je devrais aller à l’encontre des valeurs culturelles de mon peuple. » Pour Fela, le sida était une « maladie de l’homme blanc », mais il a attrapé le virus et est mort le 2 août 1997, à 58 ans. Selon son manager, Rikki Stein, « le sexe était la source de son inspiration, et si l’on considère le nombre d’albums formidables qu’il a enregistrés… Dans les années 1980, en tournée, j’ai vu des beautés en manteau de fourrure faire la queue en attendant leur tour ». La dernière chanson de Fela, baptisée C.S.A.S. (Condom Scallywag and Scatter, « Capote saloperie dégueulasse »), décrivait comme « non africain » l’usage de préservatifs. Jusqu’au bout, Fela refusa de passer des examens médicaux pour déterminer les raisons de sa perte de poids et des lésions apparues sur sa peau. Après sa mort, la famille eut de grandes discussions et son frère, le docteur Beko Ransome-Kuti, en dévoila publiquement la cause, permettant paradoxalement de « tirer le Nigeria des ténèbres en matière de prise de conscience du sida », selon les mots d’un commentateur de l’époque. En ce sens, la mort de Fela a contribué à sauver de nombreuses vies, même s’il est impossible de savoir combien de femmes il a lui-même mises en danger par son refus obstiné d’admettre la réalité de la maladie. D’après Stein, « une ou deux femmes sont tombées malade dans l’entourage de Fela, mais je ne sais pas si c’était vraiment lié à lui. Toutes les autres se portent encore à merveille, autant que je sache. On a dit que c’était le sida. Moi, je dis qu’il est mort d’avoir été trop souvent passé à tabac (2). C’était un géant, mais un homme tout de même ».   À sa mort, tout Lagos a pleuré Fela pendant deux jours Plus d’un million de personnes emplirent les rues de Lagos lors de ses obsèques. Vers la fin de sa vie, alors que son énergie déclinait, Fela avait un peu laissé tomber les croisades politiques. Pourtant, selon son fils Femi, « pendant deux jours, personne n’a travaillé, à Lagos ! Ce fut la première fois qu’aucune plainte n’a été déposée pour cambriolage, viol ou quoi que ce soit. Parce que tous les cambrioleurs, tous les délinquants, ils l’adoraient, vous savez ? Tout le monde était à ses funérailles ». Le biographe de Fela Kuti, Michael Veal, s’inquiète : « Le message dont était porteur Fela, sur l’émancipation politique de l’Afrique, est de plus en plus mêlé aux stéréotypes racistes dominants, de l’Africain comme être vulgaire, drogué, primitif, un indigène mystique à la sexualité surdéveloppée (3). » Pour son fils Seun, à la tête du groupe Egypt 80, Fela « fut un don, une inspiration telle que l’Afrique n’en reverra jamais. Mais aujourd’hui, la situation a encore empiré au Nigeria, et même s’il est difficile d’être à la hauteur de son héritage, nous devons poursuivre la lutte pour la libération et la prise de conscience ». Fela aurait-il failli à ses propres engagements ? Il est peu probable qu’il l’ait ressenti ainsi : il m’avait avoué être fataliste. « Même la mort ne m’inquiète pas, mec. Quand ma mère est morte, c’est parce qu’elle avait fini son temps sur la terre. Je sais que je la reverrai quand je mourrai, alors pourquoi avoir peur de la mort ? Que signifie ce putain de monde ? Je crois qu’il y a un grand dessein… Ce que je vis aujourd’hui confirme absolument les religions africaines… J’accomplirai ma tâche… puis je m’en irai, mec. Je m’en irai, tout simplement ! »   Ce texte est paru dans The Observer Music Monthly, le 15 août 2004. Il a été traduit par Laurent Bury.
LE LIVRE
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Fela. Notes de Kalakuta de Karl Kraus contre les clichés, Kit Publishers

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