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Un cas d’autogénocide : les Khmers rouges

Cela dura trois ans et dix mois. Trois ans et dix mois pendant lesquels la population cambodgienne fut livrée au délire sanguinaire des troupes de Pol Pot : la capitale fut vidée de toute sa population, les écoles détruites, l’argent aboli, les lunettes et leurs porteurs massacrés en priorité. En 1979, quand le cauchemar prit fin, deux millions de personnes étaient mortes, le crâne généralement fracassé à coups de massue. Alors que Douch, ancien directeur de la sinistre prison S-21, vient d’être jugé par le tribunal international sur le génocide cambodgien, le célèbre sinologue Simon Leys rappelle à quel point le totalitarisme khmer fut l’épilogue monstrueux des horreurs du XXe siècle. Et s’indigne de la résurgence régulière des zélateurs du maoïsme, dont le radicalisme n’est guère qu’une forme d’amnésie.

Qui ne se souvient des dernières lignes du Procès de Kafka ? Joseph K., citoyen innocent tombé dans un incompréhensible engrenage de poursuites judiciaires interminables, pour des raisons qui ne lui seront jamais révélées, est finalement emmené dans une carrière abandonnée par deux messieurs à l’apparence de fonctionnaires. Là, avec une sorte de raideur bureaucratique imbécile, sans violence, sans colère et sans un mot, ils entreprennent de l’exécuter. Tandis que l’un des deux messieurs retourne par deux fois un couteau dans son cœur, K. a un dernier sentiment conscient : « C’était comme si la honte allait lui survivre. »

Cette dernière phrase a laissé perplexes bien des lecteurs. Mais c’est cette perplexité même qui laissait perplexe Primo Levi, qui explique dans son court essai sur Kafka : « Cette dernière page me coupe le souffle. Moi, qui ai survécu à Auschwitz, je ne l’aurais jamais écrite, ou pas comme cela : par incapacité ou manque d’imagination, certainement, mais aussi par un sentiment de décence face à la mort (que Kafka méconnaissait ou rejetait) ; ou peut-être simplement par manque de courage. La célèbre formule, source de tant de discussions, qui clôt le livre comme une pierre tombale (“C’était comme si la honte allait lui survivre”) ne présente aucune énigme à mes yeux. De quoi Joseph K. devrait-il avoir honte ? Il a honte de maintes choses contradictoires. […] Je sens pourtant qu’il y a, dans sa honte, un autre élément que je connais bien. À la fin de son douloureux parcours, le fait qu’un tel tribunal corrompu existe et qu’il contamine tout alentour lui fait honte. […] Après tout, ce tribunal a été créé par l’homme, pas par Dieu, et K., avec le couteau déjà enfoncé dans le cœur, connaît la honte d’être un homme. »

Les horreurs du XXe siècle allaient confirmer l’intuition prophétique de Kafka. Survenu à la fin de ce même siècle, le génocide cambodgien en constitue un épilogue des plus extrêmes et des plus grotesques : ce fut non seulement un événement monstrueux, mais une caricature de monstruosité.

En simplifiant les formes et en forçant le trait, une caricature révèle souvent l’essence d’un phénomène. La propagande khmère rouge, dans sa grossièreté primitive, avait ainsi saisi une réalité essentielle : « Le monde entier a les yeux rivés sur le Kampuchea démocratique, car la révolution khmère est la plus belle et la plus pure. La révolution khmère est sans précédent dans l’histoire du monde. Elle a résolu l’éternelle contradiction entre la ville et la campagne. Elle développe Lénine et va au-delà de Mao Zedong. »

 

Il suffit d’un malade mental, de deux idéologues et de trois cents brutes…

On ne saurait mieux dire. L’expérience khmère rouge éclaire singulièrement la dynamique fondamentale qui a nourri la grande tradition hitléro-lénino-stalino-maoïste. Les totalitarismes du XXe siècle ont revêtu bien des atours culturels, et atteint divers degrés de sophistication, mais leurs éléments constitutifs sont restés relativement simples et n’ont jamais beaucoup varié. Il y a un quart de siècle, Kazimierz Brandys l’a bien résumé (avec la clairvoyance qui caractérise tant d’intellectuels polonais qui, sur ce sujet, ont acquis une amère compétence) : « L’histoire contemporaine nous enseigne qu’il suffit d’un malade mental, de deux idéologues et de trois cents brutes sanguinaires pour prendre le pouvoir et bâillonner des millions de gens. »

La terreur cambodgienne illustre parfaitement cette configuration, comme le montre Francis Deron dans son monumental ouvrage, Le Procès des Khmers rouges. Il y analyse l’ascension du mouvement khmer rouge, sa victoire, son règne bref et sanglant, sa chute, sa longue survie artificielle (grâce, entre autres, à la connivence coupable de l’Occident) et, enfin, son prochain châtiment, au moment où la justice rattrape enfin une poignée de criminels à moitié séniles encore vivants.

C’est un cliché de dire que les journalistes sont les historiens du temps présent, mais c’est vrai. Pendant toute sa carrière, Deron fut un correspondant influent et respecté, couvrant d’abord la Chine, puis l’Asie du Sud-Est. Dans son dernier livre, il s’attaque à trente ans de tragédie cambodgienne, en démêle les fils complexes, retrace la biographie de ses principaux protagonistes, clarifie et analyse l’enchaînement des événements. De temps à autre, il émaille son récit historique de portraits saisissants tirés de ses vieux carnets de reporter.

Deron a tiré parti de son expérience approfondie de la Chine maoïste ; ses deux ouvrages précédents, sur la « Révolution culturelle » et ses conséquences, l’ont admirablement préparé à comprendre la nature et le sens du phénomène khmer rouge. Ce que le maoïsme a mis vingt ans à accomplir en Chine – les grandes purges d’intellectuels (la campagne des « Cent Fleurs »), l’abaissement forcé du pays au niveau des campagnes (le « Grand Bond » en arrière, avec les hauts-fourneaux de fortune dans les villages, les paysans enfermés dans les dortoirs des « communes populaires » et la gigantesque famine qui s’ensuivit) et la « Révolution culturelle » avec la sauvagerie meurtrière des Gardes rouges – allait se retrouver dans la courte expérience du « Kampuchea démocratique », mais réinvesti et condensé sur une période de trois ans et dix mois seulement. L’imitation fut par conséquent terriblement simplifiée et exagérée ; les objectifs étaient les mêmes, mais ils furent poursuivis avec des moyens plus violents – et plus affreusement stupides encore.

Les Khmers rouges ont exercé une emprise absolue sur le Cambodge de la conquête de Phnom Penh par Pol Pot, le 17 avril 1975, à la chute de la ville et l’arrivée­ de l’armée vietnamienne, le 7 janvier 1979. Durant cette période relativement courte, le régime réussit à réaliser son grandiose projet : la destruction totale de la société. Dès le début, il ne disposa que de moyens modestes – ce qui confirme l’analyse de Brandys : le Parti communiste cambodgien ne comptait que 18 000 membres pour diriger une armée de 85 000 hommes. Avec ces cadres, le régime a pu mobiliser le gros de ses troupes : une masse gigantesque et redoutable de jeunes garçons et d’enfants analphabètes et brutaux, fanatiquement endoctrinés et lourdement armés, investis de pouvoirs discrétionnaires sur l’ensemble de la population. À la chute du régime, le Cambodge avait perdu entre le quart et le tiers de sa population : un auto­génocide d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

 

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Un pays lobotomisé

Ce programme national-communiste a pris forme dès la prise de Phnom Penh. Sur ordre de Pol Pot, la capitale fut vidée de ses habitants, en moins de trois semaines. Toute la population, y compris les malades des hôpitaux, fut expulsée de force et expédiée à pied sur les grandes routes et les pistes du pays. Ceux qui survécurent à cet exode furent réduits en esclavage dans des camps agricoles surpeuplés. Quand l’armée vietnamienne entrera dans Phnom Penh, trois ans plus tard, elle ne trouvera que soixante-dix civils errant dans la ville fantôme au milieu de la puanteur des cadavres en décomposition.

Après avoir ainsi lobotomisé un pays dont Phnom Penh était le cerveau, le régime put éliminer plus facilement des provinces toutes les institutions administratives, éducatives, sanitaires, religieuses et toutes les autres expressions de la vie civilisée.

Geste symbolique : dans Phnom Penh désert et sans vie, l’armée khmère rouge sortie de la jungle entreprit de jeter dans le fleuve tous les appareils électriques et mécaniques qu’elle put trouver dans les magasins, les bureaux et les logements de la ville. Cette furie antimoderne n’épargna même pas les motos du club Harley-Davidson local : le fait que ces machines étaient en parfait état de marche et que la campagne manquait cruellement de transports motorisés ne les a pas sauvées de cette fin aquatique. Une autre chose attirait la haine des Khmers rouges : les porteurs de lunettes. Les montures devaient être confisquées et détruites sur-le-champ, leurs propriétaires arrêtés et envoyés en camps de travail dans l’attente de leur exécution, sur présomption d’instruction et, donc, d’appartenance à la classe des oppresseurs.

Ce délire venait du sommet ; les rares déclarations de Pol Pot trahissaient son divorce complet d’avec la réalité. Il louait le merveilleux progrès du pays, le développement de la production industrielle et agricole, de l’économie, de l’éducation et de la culture, au moment même où la partie de la population qui avait provisoirement échappé au massacre chancelait au seuil de la famine, dans un état de dépouillement primitif – les écoles avaient été détruites, le commerce avait disparu, l’argent avait été aboli et, dans les campagnes, certains bourreaux pratiquaient le cannibalisme.

L’inversion complète de la réalité qui émanait des discours du leader ne relevait pas de la propagande : elle reflétait les convictions réelles et sincères de Pol Pot ; et ces convictions, à leur tour, se révélèrent contagieuses. Car ni ses alliés chinois ni ses ennemis vietnamiens n’ont jamais pressenti l’imminence de la chute des Khmers rouges. Après avoir réduit le pays à néant et transformé la population en un troupeau de bêtes de somme sourdes et muettes, la clique dirigeante commença à s’autodétruire en s’adonnant à des purges démentes. Puis, dans cette situation d’instabilité et de faiblesse, Pol Pot décida de lancer des attaques frontalières contre l’armée vietnamienne, cinq fois supérieure en nombre. Réagissant à ces provocations insensées, celle-ci entra dans Phnom Penh après une guerre éclair dont la rapidité et la facilité surprirent tout le monde, à commencer par les envahisseurs eux-mêmes.

 

Des archives méticuleuses

Pourtant, après cet effondrement total et définitif de leur pouvoir réel, les Khmers rouges ne disparurent pas tout à fait. Pour contrer une menace soviéto-vietnamienne imaginaire (supposée capable de faire basculer l’ensemble du Sud-Est asiatique), une improbable alliance sino-américaine leur permit de survivre artificiellement sous deux formes : dans quelques poches de la jungle à la frontière thaïlandaise, où ils vivaient du trafic des rubis et de bois précieux, et à New York, où ils représentaient officiellement aux Nations unies un « Kampuchea démocratique » inexistant. Ainsi, pendant une douzaine d’années encore, les votes des assassins eurent autant de poids à l’Assemblée générale que – mettons – ceux de l’Allemagne, du Japon ou… du Vatican. Après la chute de Saigon, en 1975, Kissinger avait demandé au ministre des Affaires étrangères thaïlandais de transmettre à Pol Pot les amitiés du peuple américain, ajoutant à l’intention de son interlocuteur : « Bien entendu, ces gens sont des brutes sanguinaires, mais cela ne doit pas affecter nos bonnes relations. »

Si, à long terme, l’extrême irrationalité du régime de Pol Pot l’a condamné à la désintégration, la formule qui lui a assuré son autorité absolue à court terme tient en un mot : terreur.

Et, concernant le système de terreur mis en place par les Khmers rouges, nous sommes assez bien informés. Au plus haut niveau, la prison de Tuol Sleng, le principal centre de torture et de mort planifiée de Phnom Penh, plus connu sous le nom de S-21, tenait des archives abondantes et méticuleuses. Son directeur et principal tortionnaire, Douch, est lui aussi bien connu : nous disposons sur le sujet du précieux témoignage de l’anthropologue français François Bizot qui, avant l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir, avait été son prisonnier pendant plusieurs mois dans la forêt, en 1971. Au récit de Bizot, publié en France en 2000 sous le titre Le Portail, on peut désormais ajouter les déclarations faites par Douch lui-même depuis son arrestation, en 1999. Tous les prisonniers envoyés à Tuol Sleng devaient être exécutés : sur les quinze mille détenus qui s’y succédèrent pendant ses trois années d’activité, il n’y eut que quatorze survivants. Le centre avait pour tâche de leur arracher des aveux justifiant a posteriori leur arrestation et fournissant des éléments et des noms pour les futures interpellations. Ils n’étaient pas arrêtés parce qu’ils étaient coupables, ils étaient coupables parce qu’ils étaient arrêtés. Coupables de quoi ? Leurs aveux le diraient. Leur transfert était souvent assorti de consignes sur le type de crime qu’on leur demandait d’avouer, après quoi la torture garantissait l’obtention d’aveux appropriés. Le destin de l’accusé était scellé ; une seule chose dépendait de lui : la durée de son calvaire. La seule façon de l’abréger était de donner le nom de complices, comme le suggérait l’interrogateur. Toutes ces inepties étaient consignées dans les moindres détails et conservées dans des dossiers, certains aveux faisant jusqu’à cent pages !

Au tout début, la prison disposait encore d’ennemis réels, anciens collaborateurs du médiocre régime proaméricain de Lon Nol. Très vite, cependant, ce genre de clients se fit rare et, dès 1976, les purges internes au mouvement khmer rouge commencèrent à accaparer les interrogateurs et les bourreaux. Durant ses derniers mois d’activité, la prison se mit à dévorer ses propres geôliers !

 

Le Panthéon incomplet d’Alain Badiou

Quand Phnom Penh tomba aux mains des Vietnamiens, Douch, qui avait organisé et supervisé avec un zèle inlassable l’ensemble des opérations, disparut dans le chaos de la débâcle. Vingt ans plus tard, quelqu’un le reconnut par hasard : il vivait dans une bourgade reculée, employé par une association humanitaire chrétienne – désormais converti (dit-il) au christianisme. Il est à présent en cours de jugement par le tribunal de Phnom Penh, une cour nommée con­join­tement par le Cambodge et les Nations unies pour juger les crimes khmers rouges. Il a déjà avoué : « Je suis profondément désolé pour tous les meurtres, pour le passé. Mon seul désir était d’être un bon communiste. »

Tuol Sleng n’était que l’organe supérieur d’un vaste système répressif dont les tentacules enserraient tout le pays. Dans la seule région du Sud-Ouest, on a dénombré trente-huit petits centres d’interrogatoires et de torture ; on a par ailleurs identifié soixante-dix-huit « champs d’exécution » et six mille charniers. Le massacre des condamnés était une tâche monotone, exécutée manuellement : le crâne des victimes était fracassé avec une massue (le traitement des enfants demandait moins d’efforts : on les jetait du haut des bâtiments). Dans la conclusion de son livre, Deron cite Rick Arrant, un officier de renseignement américain qui fut chargé de recueillir les témoignages de réfugiés cambodgiens à la frontière thaïlandaise. Il était hanté par le récit d’une femme sur le bruit des matraques broyant le crâne des prisonniers agenouillés au bord d’une fosse fraîchement creusée : « C’était comme le son des noix de coco heurtant le sol. » En 2003, le même officier devait participer à l’invasion américaine de l’Irak, où il fut envoyé… à Abou Ghraib. Il a depuis changé de métier : de retour en Extrême-Orient, il mène des recherches de terrain pour un travail sur le martyre du Cambodge.

Il y a une erreur à ne pas faire. Les descriptions du génocide cambodgien frappent notre imagination et heurtent nos sentiments : l’horreur est insupportable et, précisément parce qu’elle est insupportable, nous tentons instinctivement de la rejeter de nos consciences en considérant que ces événements, dans leur éloignement exotique, nous sont tellement étrangers qu’ils pourraient tout aussi bien s’être produits sur autre planète.

En vérité, ils nous concernent directement.

Quand les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh, un certain nombre de Cambodgiens se sont réfugiés à l’ambassade de France. Les nouveaux maîtres de la ville n’ont pas tardé à venir y exiger la remise de ces personnes, à la seule exception des détenteurs d’un passeport français. Ils ont menacé le chargé d’affaires : si leurs exigences n’étaient pas satisfaites dans les vingt-quatre heures, l’ambassade serait envahie et tous ses occupants seraient arrêtés. Pour protéger au moins les quelque deux cents Français et autres ressortissants étrangers réfugiés là, le chargé d’affaires remit tous ses hôtes cambodgiens aux Khmers rouges, les envoyant ainsi à la mort. Il prit une terrible décision ; mais quelle était l’alternative ? Qui oserait le juger ? Un journaliste français, toutefois, pour sauver une Cambodgienne qu’il ne connaissait pas, mais dont il avait pu voir le désespoir, a proposé de l’épouser sur-le-champ. Le chargé d’affaires avait encore quelque deux cents passeports vierges dans son bureau, mais il refusa : il savait que le journaliste était déjà marié et que ce serait de la bigamie, interdite par la loi.

Les Khmers rouges commirent quelque deux millions d’assassinats. Au moins un peut être attribué à un diplomate occidental, un homme incapable de comprendre que, sous une autorité criminelle, le respect des règles devient un crime. Ce consciencieux bureaucrate était l’un des nôtres.

Coïncidence : comme je finissais le livre de Deron, j’ai reçu une lettre d’un vieil ami de Paris, un fidèle correspondant qui me tient de temps à autre au courant des dernières nouvelles de la vie littéraire et intellectuelle française. Il commentait le retour en vogue d’une certaine forme de maoïsme « tendance » : « Je ne peux réprimer un sentiment d’appréhension quand je vois comment les criminels mensonges maoïstes perdurent, et resurgissent en toute impunité. […] Voyez par exemple le succès populaire que rencontre actuellement l’intellectuel “radical” Alain Badiou, qui se targue d’être un défenseur émérite de la “Révolution culturelle”. Badiou écrit ainsi aujourd’hui : “En ce qui concerne des personnages tels que Robes­pierre, Saint-Just, Bakounine, Marx, Engels, Lénine, Trotski, Staline, Mao Zedong, Zhou Enlai, Tito, Enver Hoxha, Guevara et quel­ques autres, il est primordial que nous ne laissions pas les critiques réactionnaires les neutraliser et les nier, au moyen d’anecdotes saugrenues visant à créer un contexte de criminalisation.” »

J’ai probablement tort de citer ici cet illustre philosophe, dont je n’ai pas lu l’œuvre ; et je n’oublie pas le vieux proverbe chinois – en fait in­-venté par le philosophe français Jacques Maritain – « Ne prenez jamais la stupidité trop au sérieux ». Mais je suis choqué : quelle injustice ! Le nom de Pol Pot a été oublié dans le petit panthéon de Badiou. Il y mérite pourtant pleinement sa place, surtout en ce moment précis : les « anecdotes saugrenues » rassemblées dans le livre de Deron et le « contexte de criminalisation » aujourd’hui créé par le tribunal de Phnom Penh pourraient, sinon, « neutraliser et nier » son glorieux souvenir.

 

Ce texte est paru dans le magazine australien The Monthly en septembre 2009. Il a été traduit par Béatrice Bocard.

Notes

1| L’essentiel du travail d’investigation a été fait non par Merry Wiesner – Hanks, mais par Roberto Zapperi, dans son livre Der Wilde Mann von Teneriffa. Die wundersame Geschichte des Pedro Gonzales und seiner Kinder (« L’homme sauvage de Tenerife. La merveilleuse histoire de Pedro Gonzales et ses enfants »), C.H.Beck, 2004.

Pour aller plus loin

François Bizot, Le Portail,Gallimard, 2000.

David P. Chandler, S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges, Autrement, 2002.

Hour Chea, Quatre ans avec les Khmers rouges, Editions Tchou, 2007.

Collectif, Cambodge contemporain,les Indes savantes, 2008.

Philippe Richer, Le Cambodge de 1945 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2009.

LE LIVRE
LE LIVRE

Le Procès des Khmers rouges. Trente ans d’enquête sur le génocide du Cambodge de Un cas d’autogénocide : les Khmers rouges, Gallimard

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