Les bâtisseurs anonymes du Golfe
par Kavya Murthy

Les bâtisseurs anonymes du Golfe

Les « travailleurs invités » ont contribué à rendre la vie des pays du Golfe confortable. Sauf pour eux : une fois leur mission terminée, ils n’y sont plus les bienvenus.

Publié dans le magazine Books, septembre / octobre 2017. Par Kavya Murthy

© Teun Voeten / Panos / Rea

L’Inde est la principale pourvoyeuse de travailleurs migrants dans les pays du Golfe (ici à Dubai). En 2015, 7,2 millions de ses ressortissants y résidaient. La moitié est originaire du Kerala et du Karnataka.

En lisant le livre de Deepak Unnikrishnan, Tempo­rary People (« Les Temporaires »), je me suis souvenu de notre voisin, Chandran Mama. C’est cet « oncle Chandran » qui m’a fait entendre pour la première fois l’accent malayali, car je ­vivais à Bangalore, dans l’État du Karna­taka, dans une maisonnée où l’on ne parlait que le kannada (1). Il ne passait jamais chez nous sans m’apporter des friandises : des bonbons Fox, par exemple, dans une boîte métallique couverte de caractères arabes. Enfant, j’étais folle de ces bonbons. Je me souviens aussi qu’il ne passait jamais sans motif, un motif qui lui valait des ennuis avec mon père : utiliser notre téléphone. C’était un téléphone rouge à cadran rond, qui permettait de passer des appels interurbains et internationaux. Les communications internationales, c’était vraiment pour la frime – de cette façon, mon père faisait état de sa prospérité vis-à-vis de voisins qui n’avaient tout bonnement pas le téléphone. Mais ­Chandran Mama l’avait repéré, et, peu après avoir fait notre connaissance, il s’était employé à gagner les bonnes grâces de mon père. À l’époque, la facture téléphonique mensuelle permettait de suivre les périples de Chandran Mama : si elle était élevée, c’est qu’il avait probablement appelé « le Gueulfe ». Une facture normale signifiait qu’il se trouvait au loin, justement dans le Golfe. Dans une ville comme Bangalore, les références à ceux qui sont « reve­nus du Gueulfe » font partie de la conversation courante : les mama (oncles) et chechi (grandes sœurs) partis pour…

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