Les conséquences de l’élection
par Les conséquences de l’élection
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Les conséquences de l’élection

Écrit par publié le le 21 avril 2017

Munkácsy, Trop de belle-mère

Mais à quoi va donc ressembler la France de mai 2017 ? L’élection va-t-elle tout changer ? Alphonse Allais ne joue pas au devin (lire plus haut), mais dans « Le pauvre gendre » il rappelle avec humour qu’un nouveau président peut avoir beaucoup d’influence. Il change instantanément la vie de certaines personnes, et ce bien malgré lui.

 

Oui, monsieur, si le Président de la République savait ce que j’ai été malheureux grâce à lui, il n’hésiterait pas à me décorer.

— Grâce à lui ?

— C’est une façon de parler ; je ne lui en veux pas, d’ailleurs, car, à vraiment dire, Félix Faure n’a jamais rien fait contre moi ; mais si notre Président n’avait jamais existé ou si, seulement, il n’était pas parvenu aux honneurs, moi, je serais le plus heureux des hommes.

— Daignez vous expliquer.

— Oh ! mon Dieu, c’est bien simple : Je suis marié à une charmante femme que j’aime beaucoup et qui me le rend bien. Malheureusement, mon épouse a une mère…

— Et cette mère est votre belle-mère ?

— On ne peut rien vous cacher à vous !…

Ce détail n’aurait, à la rigueur, que peu d’importance ; mais voici le terrible de la chose : jadis, alors qu’elle n’était qu’une simple jeune fille comme vous et moi, ma belle-mère fut demandée en mariage, par un jeune homme qui s’en trouvait, paraît-il, éperdument amoureux et qui ne lui était pas du tout indifférent. Les parents de ma belle-mère, jugeant la situation du jeune homme pas en rapport avec la fortune de leur demoiselle, s’opposèrent au mariage.

— Jusqu’à présent, je ne vois pas bien…

— Vous comprendrez tout, monsieur, quand j’aurai ajouté que le jeune homme en question n’était autre qu’un nommé Félix Faure, employé dans une grande maison de cuirs du faubourg Saint-Martin.

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— L’histoire est, en effet, des plus piquantes.

— Mon supplice commença peu de temps après mon mariage. Les débuts de notre union avaient été des plus cordiaux, des plus paisibles, des plus patriarcaux, oserai-je dire. Un beau jour, un lundi, lendemain d’élections générales, nous lûmes dans le journal qu’un nommé Félix Faure, négociant, venait d’être élu député du Havre. — « Tiens ! s’écria ma belle-mère, Félix Faure, ce doit être mon ancien amoureux. J’ai dû, dans le temps, épouser un garçon qui portait ce nom-là. »

— Et alors ?

— Elle s’informa et acquit bientôt la certitude que le nouveau député ne faisait qu’un avec son ancienne passion.

L’humeur de ma belle-mère s’altéra légèrement à cette découverte : « Si mes parents, répétait-elle, ne s’étaient point opposés à ce mariage, je serais, aujourd’hui, la femme d’un député !… » Quelques années plus tard, Félix Faure devenait ministre de la marine. Cette fois, le caractère de la bonne femme tourna franchement à l’aigre, et comme elle n’avait plus ses parents à qui adresser de sanglants reproches, ce fut moi qui écopai : « Si, tout de même, j’avais épousé cet homme-là, quel beau mariage tu aurais pu faire, ma pauvre fille ! »

— Et quand Félix Faure fut nommé Président de la République ?

— Oh ! alors, mon pauvre monsieur !… De telles scènes ne sauraient se raconter… Et quand il a reçu le tsar et la tsarine, donc !… Et quand il a été en Russie !… Et encore l’autre jour, quand il a reçu la Toison d’or !… Ma vie n’est plus tenable !… Quelquefois je perds patience et j’eng… la pauvre femme comme un pied !

— Que dit-elle ?

— Elle tombe sur une chaise d’un air accablé et gémit : « Ce n’est pas M. Berge qui se conduirait comme ça avec moi ! »

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