La grande misère de la presse française
par Philippe Thureau-Dangin

La grande misère de la presse française

TELERAMA Écrit par Philippe Thureau-Dangin publié le 9 septembre 2015

Dans la presse française, ou dans ce qu’il en reste, on aime les « nouvelles formules ». Peu importe qu’elles ne soient ni nouvelles, ni vraiment formulables, ni formidables, les éditeurs adorent ces changements cosmétiques qui leur permettent de croire que leurs journaux et magazines sont encore vivants. On aura vu depuis quinze ans je ne sais combien de « relookages » du quotidien Le Monde, je ne sais combien de moutures nouvelles de L’Express ou du Nouvel Observateur. Ce dernier news magazine perd d’ailleurs, à chaque tournant, une partie de son titre, passant du Nouvel Observateur au Nouvel Obs et s’appelant aujourd’hui L’Obs ; on craint pour lui la prochaine formule…

Si ces révolutions à répétition contentent les patrons de presse et leurs directeurs de pub, elles ne satisfont guère le public qui se rend encore dans les maisons de la presse. Le 1er juin dernier, Libération à son tour changeait donc fond et forme : on allait voir ce qu’on allait voir. Mais dès le premier jour ce fut un tollé chez les lecteurs. Personne ne s’y retrouvait dans cette maquette complaisante du directeur artistique, un Espagnol venu tout exprès, avec ses lettrines immenses et ses fioritures sans objet. On abandonna donc les lettrines trop voyantes et on maintint bravement le cap éditorial (plus de textes longs, moins de comptes rendus d’actu). Mais, hélas, cet effort – difficile à soutenir chaque jour avec la maigre équipe du quotidien – ne fit pas revenir des lecteurs que les volte-faces et nouvelles formules (ah ! Libé III…) avaient dégoûtés.

On aime tellement les nouvelles formules en France que les rares lancements de journaux ressemblent à s’y méprendre à des… formules, nouvelles ou non. Cela est vrai bien sûr lorsqu’on reprend un magazine défunt (par exemple « Lui »), ou lorsqu’on s’inspire fortement d’un titre existant à l’étranger (Vanity Fair), mais c’est le cas aussi pour le magazine Society où les plus anciens d’entre nous ont bien cru voir une resucée du brillant Actuel. Les éditeurs de ce nouveau quinzomadaire, auréolés de leur succès avec So Foot, ont-ils cru que leur talent allait ressusciter les morts ?

On pourrait, comme certains le pensent, déclarer tout de suite la mort clinique de la presse papier, et ainsi passer à autre chose. Mais il y a en jeu des équipes rédactionnelles encore nombreuses (même si les cortèges de PSE se suivent et se ressemblent), il y a tout un écosystème avec ses imprimeries, son circuit de distribution, ses détaillants exsangues, et il y a enfin des enjeux financiers pour les propriétaires des médias, et des enjeux politiques bien souvent pour certains de leurs amis… Et puis ces vieilles marques de la presse écrite tiennent, avec l’exception Médiapart, le haut du pavé sur le numérique, mais hélas ces sites, pour leur grande majorité, perdent de l’argent, plus encore que le papier…

On s’en veut presque de devoir faire, de nouveau, le procès de la presse française. Un procès si souvent mené… Depuis plus d’une génération, les journaux se traînent de crise en crise, sans perspective. En cela, les médias ne sont qu’un miroir assez fidèle de la société française, une société qui doute et semble paralysée.

Pour mémoire, on rappellera que la presse quotidienne après la Seconde Guerre mondiale redémarra, en de nouvelles mains, plus propres, mais sans capitaux ni assises solides. Au cours des Trente glorieuses, les patrons des journaux parisiens, Robert Hersant en tête, pour avoir la paix sociale, laissèrent au Syndicat du Livre un certain nombre d’avantages : ces largesses finiront par coûter cher quand les difficultés surgiront. Depuis trente ans en effet la presse ne cessera de décliner, faute de lecteurs, faute surtout de désir, d’engagement, de style, d’un peu tout à vrai dire.

En province, évidemment, ce fut pire. Vu d’Allemagne ou d’Italie, on comprend mal qu’une grande métropole comme Lyon n’ait pas un quotidien digne de ce nom avec quelque ambition éditoriale. Mais on sait qu’à Lyon – comme dans d’autres villes – la bourgeoisie et les élites, foncièrement conservatrices, ne souhaitèrent pas financer ou encourager une presse de qualité, qui aurait pu le moment venu mener des enquêtes, gêner ou même seulement fomenter un « mauvais esprit ».

À Paris, cela a été maintes fois souligné, où se concentrent toutes les élites dans quelques arrondissements, la consanguinité est chose redoutable. Les journalistes, souvent issus des mêmes lycées et des mêmes classes préparatoires que les politiques, mais moins brillants souvent que ces derniers dans la suite de leurs études, ont bien du mal à ne pas être de connivence : au contraire d’un Beuve-Méry qui mettait un point d’honneur à ne pas dîner en ville, le bon ou la bonne journaliste politique d’aujourd’hui fera tout, au contraire, pour accompagner les voyages de tel ou tel, pour échanger quelques propos dans les multiples réceptions qui émaillent la vie publique. Ne parlons même pas des flirts et des coucheries, c’est inutile. Il résulte de ce mélange souvent habilement entretenu par les politiques eux-mêmes un défaut de distance : le journaliste est à la fois trop près de ses sources et trop loin des faits. Ce qui donne une presse faussement « informée ».

Il en résulte des défauts majeurs qui s’emboîtent. Il y a d’abord cette manie très parisienne d’écrire l’actualité, notamment politique, avec des commentaires anonymes : ce ne sont pas toujours ces détails assassins livrés par telle ou telle personnalité sur un collègue, « petites phrases » qui ont fait et font encore les délices des lecteurs du Canard enchaîné : ce sont plus généralement des explications ou des demi-faits, des hypothèses avancées par un « proche du dossier », par un « membre de l’entourage » de tel ou tel ministre ou grand P-DG (les pages économiques aussi sont truffées de ces sources anonymes qui, à dire vrai, sont souvent d’une grande banalité et dont les confidences ont bien pu être inventées par le journaliste pour peu qu’il soit un peu perspicace). Ce régime de l’anonymat est d’autant plus désagréable pour le lecteur qu’il ne sait pas en effet qui parle et dans quelle intention : est-ce de la propagande, des fausses pistes, un écran de fumée ? Rien ne le dit.

L’autre trait de l’écriture des articles – que l’on ne retrouve pas non plus dans la presse étrangère, sinon peut-être en Italie –, ce sont ces « récits » d’une journée politique ou d’une crise aiguë : récits non signés, ou bien souvent signés « service France » ou « service société ». Cette pratique, coutumière dans le « grand » journal du soir, consiste à raconter la politique au lieu de l’analyser ou de la prévoir. Le lecteur a droit, outre les commentaires anonymes déjà mentionnés, à ces saynètes de la vie politique qui n’ont d’intérêt que pour le microcosme. C’est ramener la politique ou tout autre sujet à sa dimension la plus plate, la plus anecdotique, la moins sérieuse. Avec cette méthode, la vie d’un Napoléon se réduirait aux tribulations de son chambellan. Celle d’un Churchill à ses marques de whisky favorites.

Comment a-t-on pu tomber si bas ? Ce n’est pas le talent de tel ou tel journaliste qui est en cause, mais bien l’effet de système de la presse en général. Écrire autre chose que ces récits à la petite semaine suppose d’avoir une grille de lecture – une intelligence des causes et des effets. Or, avec l’abandon des « grands récits politiques » a peu à peu disparu ce goût de l’analyse. Et le souci du politiquement correct, qui a pris la place, pousse plus loin l’affadissement progressif des journaux. Aujourd’hui on ne cherche plus à se faire une opinion, à analyser, à peser les choses pour juger, mais on cherche d’abord à savoir ce qu’il faut penser, ce qu’il faut dire avant que les autres ne le disent. Nous ne sommes donc plus face à une presse politique mais face à une presse du commentaire. C’est pourquoi il est parfois rafraîchissant de lire des journaux très marqués aux extrêmes, non pas pour entendre « un autre son de cloche » mais pour lire simplement un raisonnement qui découle d’un engagement, une opinion justifiée – qu’elle soit bien ou plutôt mal justifiée.

Au fond, la presse française, qui se prend très au sérieux, ne prend pas au sérieux ce qu’elle commente. Voulant jouer au plus malin, elle fait de la politique un spectacle. Ce faisant, la presse pense sincèrement que la politique n’est que cela et que le rôle des médias est d’applaudir, de siffler, et de donner des échos des coulisses… Inutile de préciser que les hommes et femmes politiques – même s’ils se plaignent toujours de ne pas être interrogés « sur le fond » – se retrouvent fort bien dans ce spectacle dont ils connaissent les règles et les décors. La toute-puissance du Web, et l’avènement des réseaux sociaux, ne font qu’aggraver cet état des choses qui existait déjà auparavant. La politique de l’ère Twitter existait avant Twitter.

C'est gratuit !

Recevez chaque jour la Booksletter, l’actualité par les livres.

À ce jeu, la presse est souvent en retard, quand bien même serait-elle présente sur les réseaux sociaux. Hormis pour certains scoops – et la plupart d’entre eux sont orchestrés par des policiers, avocats ou magistrats –, la presse doit se contenter de commenter le spectacle en cours, dont au fond elle n’est plus que rarement partie prenante.

Une autre misère de la presse française est son manque de style. À cela, deux raisons principales : la domination progressive des écoles de journalisme et l’absence criante des écrivains dans ses colonnes. Après 1945, on a voulu professionnaliser le journalisme pour le moraliser, et les écoles se sont multipliées, en formatant il faut bien le dire les futurs journalistes. Par ailleurs, au cours des mêmes Trente glorieuses, on assista à un divorce grandissant entre l’intelligentsia et la presse. Soit parce que les journaux étaient jugés du côté du « pouvoir », soit parce que le marketing de presse considérait inutile la présence d’écrivains dans les rédactions. Mauriac bien sûr continua à écrire son bloc-notes à L’Express, puis au Figaro. Sartre écrivait aussi parfois dans quelques journaux (France-Observateur, La Quinzaine littéraire), mais la gauche radicale tournait de plus en plus le dos à ces journaux capitalistes, forcément capitalistes. De même, les écrivains du nouveau roman délaisseront ce roman de l’actualité, où sans doute les personnages étaient de trop ! La France pourtant avait une tradition de presse politique et littéraire, engagée et brillante, qu’elle a eu bien tort d’abandonner au profit de je ne sais quelle objectivité. Laissons celle-ci à la presse anglo-saxonne, qui ne veut croire qu’aux faits, et non aux idées, puisque l’histoire – du moins celle de ses quotidiens –, toute différente de la presse française, a trait principalement au commerce et aux bourses.

On ne saurait comprendre, si on n’a pas en tête ce contexte, l’histoire d’un des derniers lancements de presse écrite. Quand Nicolas Beytout lance L’Opinion en 2013, il prend évidemment pour exemple Il Foglio, le journal lancé en 1996 par le très talentueux journaliste et intellectuel Guiliano Ferrara. Même format, même souci de pagination réduite, même volonté de défendre le libéralisme (Il Foglio est proche du clan Berlusconi). Mais alors que L’Opinion fait honnêtement son travail de compte rendu de l’actualité, Il Foglio (surtout dans ses premières années) a su ouvrir ses colonnes à nombre de plumes, d’intellectuels qui ouvraient des chemins et croisaient le fer quand il le fallait avec la gauche (et parfois avec la droite trop bien-pensante).

Dans une maison de la presse, en France, grâce à la merveilleuse loi Bichet, nous avons tous les magazines sur tous les sujets possibles, tous faits plus ou moins avec les mêmes couleurs vives (rouges, jaunes), avec la même surabondance de titres et de photos en Une, avec les mêmes types de sommaire, de rubriques, etc. Certains sont corrects, d’autres non. Mais sur les thèmes les plus importants, nous n’avons rien. Il n’y a pas d’équivalent de The Economist en France (dont on rappellera qu’il est valorisé à 1,5 milliard de dollars) : on peut souscrire ou non au libéralisme à tout crin de cet hebdomadaire, force est de reconnaître sa qualité, son équanimité, et l’abondance de ses informations et de ses analyses. De même, si nous cherchons un magazine d’actualité avec la densité d’enquête du Spiegel allemand, nous ne le trouvons pas. Et ne parlons pas de la presse intellectuelle ! Nous n’aurons jamais ici de Die Zeit, ni de TLS (Times Literary Supplement), ni a fortiori de New York Review of Books, ou de London Review of Books. Nous n’aurons jamais un journal économique assez intelligent pour proposer à ses lecteurs, comme le fait l’italien Il Sole 24 Ore, un supplément dominical consacré à la culture, supplément de haute volée qui intéresse tous les gens un peu curieux de la péninsule. Non, en France, nos suppléments de fin de semaine des titres les plus sérieux (Le Monde, Les Échos) sont consacrés sous divers noms à la même chose : comment dépenser, qu’acheter, que désirer. Et cela pour plaire aux derniers annonceurs, les maisons de couture et parfumeurs de Milan et de Paris. Serions-nous donc plus abrutis que les Italiens ? Ou certains veulent-ils nous abrutir encore plus ?

À tous ces renoncements, il faut bien des explications. Il y en a. L’une d’elles est sans aucun doute le manque de discernement et d’ambition des propriétaires de journaux. Comme le rappelait récemment le livre de Jean Stern, ils sont « tous mauvais ». Voici quelques années, la France était montrée du doigt, parmi les pays dits développés, pour laisser sa presse être le hochet des marchands d’armes, et plus généralement des groupes industriels dépendants de l’État ou ayant fait leur fortune grâce à des commandes publiques (Lagardère, Dassault, Bouygues, etc.). Aux États-Unis comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne, il en allait tout autrement et c’étaient des industriels de la presse qui parvenaient à maintenir les journaux et leurs sites numériques à un niveau correct de rentabilité et d’excellence. Aujourd’hui, les choses ont un peu changé : en France ce sont des nouveaux venus de la téléphonie – des parvenus en mal de reconnaissance sociale et politique – qui s’emparent des derniers journaux dits indépendants – Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs – pour construire des groupes dont on voit mal encore la cohérence et la stratégie. Mais, ce qui est d’ores et déjà certain, leurs premières décisions dans ce métier le montrent, c’est qu’ils appliquent à la presse presque les mêmes méthodes que dans leurs métiers d’origine. Ce qui est une erreur.

La scène numérique, elle aussi, paraît bien pauvre, si on la compare aux foisonnements de sites et d’expériences aux États-Unis ou ailleurs. Ici, point de Politico dans l’arène politique, nul Quartz en économie. En France, hormis Médiapart, un site qui tient un peu la place d’un Canard enchaîné digital, les succès sont rares ou éphémères. Souvent avance-t-on pour expliquer cette absence de dynamisme la question de la taille du pays. Les locuteurs du français seraient trop peu nombreux face au « marché » anglophone ! Mais on pourrait prendre plusieurs exemples ailleurs, en Allemagne (la stratégie du groupe Axel Springer), aux Pays-Bas (De Correspondent), en Italie (Internazionale), exemples qui montrent que la langue et la population ne sont pas les seules explications… D’ailleurs, il est amusant de noter que les éditeurs français n’ont pris conscience que très tard, au début des années 2010, qu’il y avait des locuteurs du français hors de l’Hexagone ! On a vu alors fleurir quelques essais, plus ou moins aboutis, de déclinaisons « africaines » de sites d’infos. Mais il n’y a pas pour l’instant de réelle prise en compte de l’espace francophone, Suisse, Belgique et Québec compris.

La grande misère de la presse française est telle qu’on en vient à souhaiter sa disparition. Du moins la disparition d’un certain nombre de garde-fous, règlements et subsides qui lui permettent – malgré le dégoût d’un nombre croissant de lecteurs – de rester telle qu’elle est. Jusqu’à la prochaine crise. On en vient, oui, à souhaiter de faire sauter tous ces verrous qui protègent les journaux, ou les journalistes : la loi Bichet, la clause de conscience, le taux de TVA amélioré, toutes les subventions de toutes sortes, les lois sur les pigistes (qui sont de fait des salariés de plein droit), et bien entendu si c’était possible le monopole syndical là où il subsiste (à Prestalis et dans les imprimeries de la presse parisienne quotidienne). On sait que les médias en France reçoivent près de 2 milliards d’euros chaque année des pouvoirs publics. On sait que la seule presse papier et numérique, en principe détenue par des mains privées (contrairement à Radio France ou France Télévisions) reçoit plus de 1,2 milliard. En pure perte, pensons-nous. Son rôle de garant démocratique, si souvent mis en avant pour cacher ses incuries, ne saurait justifier pareille dépense alors que les caisses de l’État sont vides : simple prétexte pour conserver le plus longtemps possible des situations, des rentes, des fauteuils… De toute manière, le numérique et la disparition programmée du papier changeront la donne. Mais le processus sera long, trop long – et pénible.

En attendant, la France continuera à déprimer. Et à s’enfoncer. Car si on a les politiques que l’on mérite, on lit aussi les médias qui conviennent à notre démérite. Et bientôt, renversant comme Marx la perspective, nous ne parlerons plus de la misère de la presse, mais de la presse de notre misère. Misère intellectuelle et politique, tout autant qu’économique.

Philippe Thureau-Dangin

Imprimer cet article
22
Commentaires

écrire un commentaire

  1. maison de la presse - le lavandou dit :

    l’hebdo « le 1 » tout en regrettant qu’il ne soit pas plus consistant me semble être une tentative respectable. par ailleurs s’il est manifeste que certains grands principes de la loi Bichet se sont fossilisés, on ne saurait lui attribuer ni l’indigence rédactionnelle ni la complaisance voire la servilité dont font preuve les remplisseurs de page. Il ne faudrait pas que le « dégoût » nous fasse oublier que la coopération, la mutualisation, le sentiment de participer à quelque chose de plus grand que soi sont des éléments essentiels à une société apaisée.

  2. paty dit :

    Dernier hebdomadaire indépendant: Marianne.
    Que vous ne citez pas.

  3. Etienne dit :

    Un excellent diagnostic (les contenus et les journalistes sont en cause) et des solutions pour… aggraver la maladie et tuer le malade !!! Philippe Thureau-Dangin donne raison à ceux qu’il décrit : il « ne veut croire qu’aux faits, et non aux idées » donc ici « au commerce et aux bourses » à qui il veut livrer un peu plus l’ensemble de la profession. Pas d’idées neuves, juste un copié-collé du programme des patrons de Presse. Dommage !

  4. Kubler dit :

    Excellent article ! Il y a quand-même une lueur dans ce sombre tableau : l’excellence toujours renouvelée du journal La Croix. Une rédaction qui ne la ramène pas, cultive un réel point de vue sur l’actualité, à savoir catholique ouvert et intelligent, ne cède pas à la mode en proposant des sujets que les autres ne traitent pas, enfin ses pages sont aussi nourries d’optimisme, informer n’est pas catastropher ! Sans jamais céder aux sirènes de la pub, ce journal augmente dupuis plusieurs années son lectorat, moi par exemple qui ai navigué entre plusieurs titres quotidiens et hedomadaires, allant de déception en exaspération, dont la dernière fut vis à vis de « M » l’imbécile supplément du Monde. Enfin, La Croix est adossé au groupe Bayard, un groupe d’édition et non un consortium du luxe ou des télécomunications, c’est peut-être aussi là que réside la différence.

  5. Deguy dit :

    Bravo à vous ! En tant que journaliste pigiste (le sang neuf d’un journal) qu’est-ce que je suis bien heureuse de lire une telle réflexion sur l’état de la presse française. Néanmoins, il aurait été bien que vous parliez de La Croix : sacré bon quotidien, toujours dans la réflexion jamais dans l’hystérie de l’info.

  6. Gillet Nathalie dit :

    Oui la presse va mal. Les journalistes vont de plus en plus mal. Mais sur la qualité du niveau et de l’analyse nous avons quand-même quelques options qu’on aime ou pas le positionnement. Je pense au Monde Diplomatique et surtout dans le domaine économique l’excellent mensuel Alternative économiques

  7. Eric Mettout dit :

    Cher Philippe, je partage une bonne part de votre analyse affûtée. Deux précisions, toutefois: 1. Il est faux d’écrire que, « hélas ces sites, pour leur grande majorité, perdent de l’argent, plus encore que le papier… ». Nombre des sites Internet des journaux sont à l’équilibre, ou tout proche. Et leurs pertes, quand il y a, sont sans commune mesure avec celles du papier. Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’ils ne sont pas, et ne seront sans doute jamais, les relais de croissance que fantasmaient les patrons de presse. Qu’en clair, leurs gains (encore minimes) ne compenseront pas les pertes récurrentes des titres sur lesquels ils s’adossent. 2. L’entrée au capital de la presse française des champions du numérique n’est pas une spécificité française (pas plus, d’ailleurs, que les aides d’Etat): aux Etats-Unis, après s’être occupé de Vox Media, Jeff Bezos est en train de transformer le Washington Post de la cave au grenier, et le fondateur d’e-Bay, Pierre Omidyar, met beaucoup d’argent dans First Look Media. Entre autres.

  8. Jérôme dit :

    Merci!

  9. GINGER dit :

    « Dernier hebdomadaire indépendant: Marianne. »

    Je savais pas qu’être affilié à des gens comme Yves Chaisemartin pouvait faire d’un hebdomadaire comme « Marianne », un titre indépendant :p

  10. GIL BEN AYCH dit :

    Cher Philippe,
    très pertinent, et souvent drôle, ce qui ne gâche rien.
    Trois remarques :
    1°)quand tu parles « d’effet de système de la presse » je saisis ton idée ,proche du concept marxiste d’ « idéologie » ;mais attention le mot « système » a un sens rigoureux que les bavardages quotidiens des quotidiens n’ont pas ,tant ils sont justement a-systémique, sans théorie et sans point de vue sur l’histoire, la politique étant l’histoire en train de se faire.
    2°) ces journaux n’ont pas d' »intelligence des causes et des effets » :tout a fait exact, mais ton intelligence à toi de ce manque « d’intelligence » me parait insuffisante, je m’explique en …
    3°)la disparition,dis-tu,des « grands récits politiques  » et ,ici, tu évoques donc le marxisme ,le léninisme, les théologies monotheistiques et peut-être le républicanisme ,si bien que tu as l’air de dire que l’humanité est « sans récit »; c’est à dire sans intelligence d’elle_même.C’est vrai,mais superficiellment,et si tu veux bien, je t’explique prochainement ,en déjeunant ensemble, dans un de ces petits vietnamiens sympathiques qui fleurissent autour de ton bureau,;ainsi,elui de Saint-Placide est savoureux, avec en plus des places dehors quand il fait beau.
    Bien à toi, ton ami,
    GIL BEN AYCH.
    PS :les traducteurs d’Arles m’ont fait comprendre que si Gallimard traine trop ,ils connaissent un grand éditeur très intéressé.Very good news.

  11. virginie le guay dit :

    Tres bon papier, sombre et sévère.Personne n est épargné

  12. Yannick R. dit :

    Pour avoir un contenu plus subversif, il faut permettre aux couches sociales les plus en difficulté dans ce monde libéral de s’exprimer. Laisser les pauvres devenir journaliste ! Les éditos ne seront plus aussi complaisants envers nos décideurs… Il faut absolument permettre une critique du système, et notamment économique, pour voir émerger un débat public et donc voir avancer différents projets politiques pour notre pays.

  13. MUTTE Jean-Marie dit :

    Philippe Thureau -Dangin est amusant quand il évoque la presse-papier, en principe, détenue par des mains privées. En principe ? Ouest France qui tire tous les jours à plus de 700 000 exemplaires (plus que le Figaro, Le Monde et Libération réunis ) est la propriété d’une association détentrice du quotidien. Et comme on ne peux pas racheter une association, cela garantit son indépendance. Quant à Anne-Frédérique Ribaud qui (dans la discussion) se demande qui achète encore de la presse quotienne, elle a la réponse. Il y a une vie au-delà du périphérique parisien …

  14. Joëlle Pierrard dit :

    Belle analyse en vérité. Mais vous ne parlez que de la grande presse. A savoir les quotidiens nationaux et les magazines. Quid des magazines féminins qui constitue la majorité des journaux vendus et qui ont bien de fil à retordre. Pour vous, cette presse-là n’existe pas…
    Joëlle PIERRARD

  15. Joëlle Pierrard dit :

    up’s J’ai oublié de mettre « net »à constituent. Importée dans mon élan… Désolée

  16. dito dit :

    A Mediapart, on peut rajouter Bastamag, qui se réclame être indépendant.

  17. barthes b dit :

    quand on voit l absence totale de recul critique face au discours presidentiel d hier soir de la part des journalistes et commentateurs politiques, cette façon de gober la parole presidentielle sans la moindre distance, on se dit que ce qui est vrai pour la presse ecrite est aussi pour l audiovisuel. On a eu droit aussi aux sempiternels articles sur la preparation des voeux, les coulisses, et on nous fait croire à chaque fois qu il s agit d un évènement. Les journalistes ne devraient pas épouser à ce point la communication de l elysée.

  18. fabian r. dit :

    Remarquable votre analyse. Moi qui connait bien l’Allemagne et les États-Unis pour y avoir travaillé en tant que journaliste (Newsweek) je confirme l’indigence journalistique en France. Outre-Rhin, je m’extasie toujours, pour exemple, devant l’ampleur, le contenu et la qualité des journaux régionaux outre-Rhin.
    Spécialisé dans les problèmes de l’énergie et de la sortie du nucléaire, je constate à quel point nos journalistes, y compris les plus connus, sont ignorants de l’actualité allemande dans ce domaine et ne cessent de dire des contre-vérités. Proposer des papiers pour corriger le tir ne sert à rien, les titres répondent « pas intéressés »…
    Alors, il n’y a plus qu’à créer son blog, où le succès ne tarde pas, si l’on donne des infos ou des analyses qui ouvrent l’esprit et la connaissance sur une autre façon de traiter les problèmes de l’hexagone et du monde (lecrapaud.fr)

  19. sirchamallow dit :

    Bonne analyse. Par contre, j’habite Lyon mais pas la « Province ». Appeler ça la France, les régions etc.

    Mais la province…. So 1988

  20. Georges Tintin dit :

    MUTTE Jean-Marie : vous n’êtes pas sans savoir cher Mr que Ouest-France a été déficitaire pour la deuxième année consécutive et ne doit sa survie qu’à ses torchons : les hebdos et leur filiale Publihebdos. Ainsi, vous devriez savoir que les plumitifs nageant dans ces pâles publications provinciales qui font leur beurre sur de sinistres faits-divers gagnent en moyenne trois fois moins qu’à Ouest-France, nanti d’une armée mexicaine et où il faut payer, chaque mois, de nombreux salaires. La direction de Ouest-France se bouche complaisamment le nez mais se satisfait de cette branche bas-de-gamme pour équilibrer ces comptes de fin d’année… Enfin parler de 700 000 exemplaires vendus est une belle plaisanteries : dans le cadre d’échanges, ces journaux sont parfois disponibles en libre-service dans les Mac-Do de la région ouest.

  21. La Cabeza dit :

    « c’est le cas aussi pour le magazine Society où les plus anciens d’entre nous ont bien cru voir une resucée du brillant Actuel. Les éditeurs de ce nouveau quinzomadaire, auréolés de leur succès avec So Foot, ont-ils cru que leur talent allait ressusciter les morts ? »

    Où est le problème ? Qui plus est si l’auteur voyait dans Actuel un brillant magazine. Pourquoi les lecteurs qui n’ont pas eu la chance de lire Actuel ne pourraient pas trouver leur compte dans Society ?

    De plus, que ce soit à travers les portraits qui lui sont consacrés ou bien les interviews qu’il accorde, Franck Annese ne cache son inspiration de l’ex-magazine Actuel, au contraire, il l’a revendique !

Inscrivez-vous à la Booksletter ! La newsletter où les livres interpellent l'actualité.
Gratuitement, tous les soirs dans votre boîte email.