L’alcool et nous, une longue histoire


Les bars sont fermés dans de nombreuses villes françaises dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, mais pas les cinémas, où l’on peut découvrir cette semaine Drunk de Thomas Vinterberg. Ses protagonistes, quatre enseignants dépressifs, cherchent un petit supplément de bien-être dans la bouteille.
Se réunir autour d’une boisson, et encore plus si elle est alcoolisée, est un des petits plaisirs de la vie, mais c’est surtout une des pratiques clés de notre évolution. Toutes les sociétés humaines ayant la possibilité de fabriquer de l’alcool l’ont fait. Et ce n’est pas une coïncidence. Elles y trouvaient un avantage, un avantage social notamment, assure l’anthropologue et biologiste de l’évolution Robin Dunbar.

Dans Alcohol and Humans: A Long and Social Affairs, il explique que nos ancêtres ont peut-être recherché l’alcool pour son apport en calories et ses effets médicinaux, mais surtout parce qu’il permet de faciliter les relations sociales. Sa consommation déclenche la sécrétion d’endorphine, un neurotransmetteur qui procure une sensation de bien-être et rend ainsi les individus plus prompts à établir des relations de confiance. L’endorphine aurait également des bénéfices cachés et renforcerait notre système immunitaire. Des nombreuses activités sociales qui permettent sa sécrétion (du rire en passant par le chant et la danse), la consommation d’une quantité modérée d’alcool dans un cadre relaxant serait l’une des plus efficaces.

Pour Dunbar, les humains ont commencé à se rassembler pour des activités festives il y a au moins de 400 000 ans quand ils ont maitrisé le feu. Ces rassemblements ont cimenté les relations entre les individus, et l’alcool, dont on ne sait pas très bien quand il est apparu, a renforcé ces effets positifs. Nos ancêtres primates pourraient avoir goûté pour la première fois à l’alcool en consommant des fruits trop mûrs dont la fermentation des sucres a déjà commencé. Ils les ont peut-être même avidement recherchés comme le font les chimpanzés et les éléphants en Afrique. Les premières traces de boissons alcoolisées, des proto-bières, datent, elles, d’il y a plus de 10 000 ans. Et d’ailleurs, souligne Dunbar, la grande innovation du néolithique n’est peut-être pas l’agriculture mais le brassage. Les céréales cultivées alors semblent en effet peu propices à fabriquer un bon pain, mais parfaites pour une bonne mousse.

À lire aussi dans Books : Avons-nous eu tort d’inventer l’agriculture ?, mai 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

Alcohol and Humans: A Long and Social Affairs, de Robin Dunbar et Kimberley Hockings, Oxford University Press , 2019

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