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Allemagne – Dans les rouages de « l’entre-soi »

Évoquant un monde provincial divisé par un projet d’éoliennes, la romancière Juli Zeh explore les contradictions identitaires de ses compatriotes.

 

«La littérature germanophone a la réputation d’être cérébrale, expérimentale, exigeante », constate Sieglinde Geisel dans le Neue Zür­cher Zeitung. Et il est vrai que les romans allemands contemporains présentent souvent le défaut de ces qualités : ils sont ennuyeux. « Pas facile de trouver le juste milieu entre le divertissement et l’ambition stylistique », poursuit Geisel, qui croit cependant avoir trouvé la perle rare avec Unter­leuten. Elle n’est pas la seule. Les lecteurs se sont arraché ce roman de 600 pages paru il y a quelques mois outre-Rhin. Juli Zeh était déjà une habituée des listes de meilleures ventes, mais ce dernier opus a dépassé toutes les attentes.

Unterleuten est le nom d’un village (imaginaire) du Brandebourg, à une heure de route de Berlin et néanmoins à des ­années-lumière de la capitale ­allemande. Un monde où l’on vit « entre soi » (c’est l’une des traductions possibles d’unterleuten). Des habitants enracinés depuis plusieurs générations, qui ont connu les expropriations sous le communisme, entretiennent de vieilles rancœurs et cohabitent avec les nouveaux arrivants, des urbains venus se ressourcer ou, au contraire, tirer profit de terres qui valent encore le prix de quelques portables dernier cri. Un projet d’éoliennes va mettre ce microcosme en ébullition.

L’un des personnages du livre s’appelle Linda Franzen, un hommage transparent au roman­cier américain Jonathan Franzen et tout un programme : Franzen passe pour l’héritier des grands romanciers du xixe siècle, qui ­savaient précisément ­allier le plaisir de la lecture à la qualité ­littéraire. « Les romans de Franzen portent des titres comme ­“Liberté” ou “Pureté”, remarque Richard Kämmerlings dans Die Welt. À cette aune, ­Unterleuten devrait s’intituler “Identité”. Zeh y interroge la notion d’origine : peut-on se réinventer – en déménageant, en oubliant le passé ou par la seule force de la volonté ? »

Linda Franzen a une autre particularité : elle ne jure que par un livre de développement personnel, « Ton succès », signé par un certain Manfred Gortz, pour qui « tout est volonté ». Intrigués, les premiers lecteurs du manuscrit d’Unterleuten ont demandé à Juli Zeh où ils pouvaient se procurer l’ouvrage de Gortz. Ce qui a donné une idée à l’auteure. Six mois avant la parution de son ­roman, sa maison d’édition a publié le ­fameux « Ton succès ». Gortz y est présenté comme un spécialiste du conseil aux entreprises, né en 1951, déjà auteur de nombreux succès de librairie comme « Sois ton propre chef » ou « Comment optimiser ses gains ». Bien ­en­tendu, derrière Gortz se cache Juli Zeh elle-même.

LE LIVRE
LE LIVRE

Unterleuten de Juli Zeh, Luchterhand Literaturverlag, 2016

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