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Au temps des asiles

Une Britannique, ancienne internée, porte un jugement nuancé sur les hôpitaux psychiatriques.

En 1981, une jeune historienne prometteuse, auteure d’un premier livre remarqué sur le féminisme au XIXe siècle, se lançait dans la rédaction d’une biographie de Mary Wollstonecraft, pionnière britannique du droit des femmes. Pourtant, le livre ne paraîtrait que bien des années plus tard : à la suite d’une dépression brutale, la jeune femme sombra dans la folie. Barbara Taylor raconte dans The Last Asylum sa descente aux enfers et ses vingt années de lutte pour guérir. Vingt ans de thérapie intensive et de médicaments, avec plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Aujourd’hui tirée d’affaire, elle enseigne les humanités à l’université Queen Mary de Londres.

Les lecteurs britanniques se passionnent pour ce récit intime et douloureux, qui témoigne aussi des changements survenus dans la prise en charge des malades mentaux au Royaume-Uni. C’est en effet dans les années 1980 et 1990 que les grands asiles psychia

triques anglais, vestiges de l’époque victorienne, ont fermé leurs portes, cédant la place à des structures plus petites et dispersées. Principalement motivée par des raisons budgétaires, cette réforme avait officiellement pour but de « réduire la contrainte et la dépendance du patient interné en lui donnant davantage d’autonomie », explique Sarah Wise dans le Financial Times, pour qui cet « impératif d’autonomie » était paradoxalement « tout à fait victorien » d’inspiration.

Taylor fut ainsi parmi les derniers pensionnaires de l’hôpital de Friern, l’un des plus célèbres asiles du pays. Inauguré en 1851, cet établissement était alors réputé pour la liberté dont jouissaient ses patients, mais l’approche libérale des débuts montra vite ses limites : « On s’inquiéta bientôt du trop grand nombre de malades et des mauvaises conditions d’hygiène, et on rétablit l’usage des camisoles de force », rappelle Jenny Turner dans le Guardian. Taylor ne cache pas les « actes de violence entre des patients, et les cas de maltraitance et de négligence de la part du personnel soignant » dont elle a été témoin à Friern mais, de manière surprenante, « elle énumère aussi les aspects positifs de son internement », note Sarah Wise. « L’hôpital offrait aux internés un “refuge contre les souffrances impossibles à prendre en charge”. En outre, les patients âgés et traités durant de longues périodes tissaient souvent de forts liens d’amitié qui furent brutalement rompus quand l’asile ferma ses portes. » Comme Barbara Taylor l’explique elle-même, « pour des personnes souffrant de graves troubles mentaux, le simple fait d’être entouré d’autres personnes est parfois la seule chose qu’on puisse désirer ou supporter ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Le dernier asile de Barbara Taylor, Hamish Hamilton, 2014

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