Wang Juntao: « Beaucoup ne voient pas que la démocratie est la meilleure option
par Wang Juntao

Wang Juntao: « Beaucoup ne voient pas que la démocratie est la meilleure option

Emprisonné pour son rôle dans les manifestations de Tian’anmen, Wang Juntao raconte son itinéraire et ses désillusions. Il voit dans la situation actuelle une chance pour la démocratie.

Publié dans le magazine Books, juin 2009. Par Wang Juntao
Quand avez-vous commencé à douter du communisme ? Je suis né en 1958. Mon père était officier. J’ai grandi sur le campus d’une école militaire. On m’apprenait que nous vivions une période clé, dans laquelle le communisme allait vaincre le capitalisme et où l’on verrait naître une société parfaite. J’adhérais profondément à la propagande communiste. Pour ma génération, le tournant fut la mort du maréchal Lin Biao, dont l’avion s’écrasa alors qu’il tentait de s’enfuir en URSS, en 1971. Cela nous choqua, parce qu’on nous avait appris que Lin Biao était le plus grand leader après Mao, et son successeur désigné. Quelques années plus tard, au lycée, en application des idées de Mao, je passai la moitié du temps au travail en usine et dans les champs, où les conditions de vie étaient insupportables. La réalité contredisait complètement la propagande sur la société communiste idéale. Quand avez-vous entamé vos activités politiques ? Zhou Enlai, en désaccord avec la bande des Quatre, avait proposé la politique des Quatre Modernisations pour remplacer la politique de révolution permanente de Mao (1). Mais Zhou mourut, en janvier 1976. Début avril, comme beaucoup d’autres, je mobilisai mes camarades de classe pour aller exprimer notre colère place Tian’anmen. Notre objectif : mettre un terme aux vaines campagnes politiques et engager la Chine sur la voie de la modernisation. Le 5 avril, nous étions des millions à manifester place Tian’anmen. Nous espérions que Mao corrigerait sa politique et suivrait la volonté populaire. Au lieu de cela, il réprima la manifestation et je me retrouvai en prison, à 17 ans. Qu’avez-vous appris de cette première arrestation ? Je jugeai inacceptable qu’une poignée de responsables puisse éliminer en une nuit un mouvement raisonnable rassemblant des millions de gens. Cela entrait en contradiction frontale avec mon éducation communiste. J’en vins à conclure que ce désastre était dû au monopole idéologique d’un régime totalitaire. Je décidai de me consacrer à la cause de la réforme politique, afin de faire en sorte que le peuple puisse se rendre maître de l’État. Le but était d’instaurer un régime démocratique. Mais, à l’époque, nous avions en tête une démocratie directe, bien différente des régimes compliqués que l’on voit en Occident. Comment avez-vous négocié votre engagement pour la démocratie dans la décennie suivante ? Je fus libéré fin 1976, après la mort de Mao et l’arrestation des maoïstes radicaux. Deux ans plus tard je passai le concours national et entrai à l’université de Pékin, comme étudiant en physique nucléaire. Je fus admis comme membre suppléant au comité central de la Ligue des jeunes communistes. J’avais donc de belles perspectives de carrière au sein du système. À cette époque, Deng était sorti victorieux de ses luttes avec les maoïstes et avait engagé la politique de réforme et d’ouverture. Cela me permit de promouvoir mes idées démocratiques. Je participai au Mur de la démocratie et à la publication du mensuel Le Printemps de Pékin, le principal organe indépendant. Notre objectif était de construire une alliance entre les jeunes activistes et les officiels favorables aux réformes. En 1980, quand le Mur de la démocratie fut fermé, je décidai de coopérer avec certains de mes camarades pour instaurer la démocratie sur le campus de l’université. L’initiative fut aussi réprimée. Il me fallait choisir, soit faire mon autocritique…
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