Benghazi : quelle colonne de chars ?

Dans un post récent sur les circonstances de l’intervention de l’OTAN en Libye, Tzvetan Todorov faisait état d’une analyse d’un spécialiste britannique montrant que l’aviation de Kadhafi, contrairement à ce qui a été dit et redit, n’a pas bombardé Benghazi. Revenant sur une autre rumeur, celle de l’avancée vers Benghazi d’une colonne de chars envoyée par Kadhafi, Rony Brauman écrit qu’elle était tout aussi imaginaire.

Dans une tribune publiée par Le Monde le 6 décembre, Éric Bouvet et Matthias Bruggman, photoreporters présents à Benghazi lors de la répression du soulèvement et de l’intervention internationale, contestent certains de mes propos tenus lors de l’entretien avec Bernard-Henri Lévy publié par ce journal le 24 novembre. J’y affirmais que « personne n’a [...] été capable de nous montrer les tanks qui se dirigeaient prétendument sur Benghazi. Or, une colonne de chars, à l’époque des téléphones mobiles et des satellites, ça se photographie. » Éric Bouvet et Matthias Bruggman, qui ont passé deux heures sous des tirs de chars à Benghazi, sont bien placés pour savoir que ceux-ci étaient bien sur place, les ayant vus repartir par la suite sans pouvoir les photographier en raison du danger extrême de la situation. Ils m’invitent à regarder les images existantes de ces blindés, disponibles sur Internet, pour me convaincre de leur existence. Je ne mets aucunement en doute leur témoignage, ni la bonne foi de leurs critiques, mais nous ne parlons pas de la même chose. Il y a confusion parce que j’ai été hâtif et donc bien trop elliptique sur ce point, qui méritait plus de précisions. Vingt-cinq chars étaient massés aux portes de Benghazi depuis plusieurs semaines, harcelant la population insurgée sans pouvoir pénétrer au cœur de la ville. C’est assurément une partie de ceux-ci qu’ont vus les photographes. Je parlais en l’occurrence de tout autre chose, à savoir de la fameuse colonne de chars dont on nous disait qu’elle faisait route sur Benghazi pour lancer l’assaut final et qu’il fallait à tout prix arrêter. De celle-ci, véritable déclencheur de l’intervention, il n’existe aucune image, pas plus d’ailleurs que du non moins fameux mitraillage aérien de manifestants à Tripoli quelques semaines plus tôt, en dépit des innombrables caméras individuelles, ainsi que des Awacs et des satellites observant de près et sans relâche toute la région. Voilà les raisons qui me font douter de leur existence.

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