Dans la cave des dignitaires allemands
par Konstantin von Hammerstein

Dans la cave des dignitaires allemands

Les chanceliers et présidents allemands des dernières décennies l’ont bien compris : une bonne bouteille vaut mieux qu’un débat. Et leur diplomatie a souvent fait un usage habile du vin.

Publié dans le magazine Books, février 2019. Par Konstantin von Hammerstein
Le chancelier avait fermement arrimé son pays à l’Ouest, scellé un rap­prochement avec l’ennemi héré­ditaire français, œuvré pour l’unité européenne et la réconciliation avec Israël. Mais à présent, au terme de quatorze ­années passées au pouvoir, ­Konrad Adenauer avait une préoccupation d’un autre ordre. Que devait-il laisser à son successeur, Ludwig Erhard ? Le riesling qu’Adenauer ­aimait tant, par exemple ? Il avait ­encore huit excellentes bouteilles de « sélection de grains nobles » à la cave, confia le vieil homme à son dernier visiteur offi­ciel, le Premier ministre belge Théo Lefèvre, à l’automne 1963. On allait les vider ­ensemble, car « pour M. Erhard, qui n’entend rien au vin, ce serait du gâchis. »­ Ludwig Erhard préférait boire du whisky, et lorsque, après seulement trois ans passés à la chancellerie, il dut démissionner, le fils d’Adenauer, Paul, nota dans son journal : « Père a fait déboucher ce soir une bonne bouteille pour en boire une gorgée et fêter le départ d’Erhard. » Adenauer savait que le vin fait bon ménage avec les affaires d’État. Lorsqu’en 1959, pendant un bref moment, il envisagea de briguer la présidence de la République fédérale, on se ­demanda si la cave de la chancellerie pouvait « être transférée sans trop de frais » à la présidence. Une preuve de l’« antagonisme œnophile qui existait à l’époque entre le chef du gouvernement et le chef de l’État », écrit Knut Bergmann dans son livre sur le rôle largement sous-estimé du vin dans l’histoire de la République fédérale. Ancien rédacteur des discours du président du Bundestag, il a pu interviewer de nombreux témoins, consulter les archives du ministère des Affaires étrangères et analyser de manière ­systématique les menus des banquets officiels. On ne saurait dire, plusieurs décennies plus tard, si les mets étaient bons ou mauvais à l’époque, mais on peut juger de la qualité des vins proposés. Elle était médiocre lors de…
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