C’est pas moi, c’est mon cerveau !

C’est pas moi, c’est mon cerveau !

Loin d’occuper dans l’esprit humain la position centrale que lui attribuaient Descartes et les philosophes rationalistes, la conscience se cantonne, le plus souvent, au rôle d’inspecteur des travaux finis. Les mécanismes cognitifs qui sont au fondement de nos croyances et de nos actions œuvrent pour l’essentiel à notre insu et échappent à tout contrôle réflexif. C’est en tout cas le message que martèle avec passion le neurologue David Eagleman dans Incognito, son dernier ouvrage de vulgarisation, bestseller aux États-Unis.

Publié dans le magazine Books, novembre 2011.
Loin d’occuper dans l’esprit humain la position centrale que lui attribuaient Descartes et les philosophes rationalistes, la conscience se cantonne, le plus souvent, au rôle d’inspecteur des travaux finis. Les mécanismes cognitifs qui sont au fondement de nos croyances et de nos actions œuvrent pour l’essentiel à notre insu et échappent à tout contrôle réflexif (lire « Ces émotions qui nous gouvernent »). C’est en tout cas le message que martèle avec passion le neurologue David Eagleman dans Incognito, son dernier ouvrage de vulgarisation, bestseller aux États-Unis. « La conscience ressemble, selon lui, au directeur général d’une grande entreprise », qui « sait peu de choses sur le détail des opérations quotidiennes » et auquel ses subordonnés ne transmettent que « des rapports succints, tardifs et parfois contradictoires », résume Adam Kepecs dans la revue Nature. C’est dire le peu de valeur qu’accorde Eagleman aux données issues de l’introspection : les raisons qui semblent à nos yeux justifier nos décisions ou motiver nos opinions ne constituent en général que des explications ex post. Elles ne font que résumer à gros traits et rationaliser après coup des processus qui se déroulent entièrement « à l’insu » de la conscience. Le phénomène est évidemment lourd de conséquences pour la manière dont nous définissons la responsabilité morale des individus, note Alexander Linklater, qui s’empresse de rappeler dans le Guardian que Freud, et avant lui toute « la poésie romantique et les romans russes du XIXe siècle » ne disaient pas autre chose. S’appuyant…

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