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Dans le désert

Les Espagnols se préoccupent enfin de leurs campagnes dépeuplées.

«L’Espagne est un pays en grande partie inhabité. A certains endroits, la densité de population est plus faible que dans le nord de la Finlande. C’est aussi le pays où l’on passe le plus brusquement des métropoles surpeuplées au désert pur et simple », note le romancier Antonio Muñoz Molina dans le quotidien El País. Mais il avoue n’y avoir jamais pensé avant de lire La España vacía (« L’Espagne vide »), de Sergio del Molino. Pour cet auteur de 37 ans, en revanche, la question s’est imposée comme une évidence : « Je suis un provincial, je vis à Saragosse, une ville de taille moyenne (700 000 habitants) entourée par des kilomètres et des kilomètres de vide », raconte-t-il dans le quotidien en ligne El Confidencial. « Il y a deux Espagne, l’une urbaine et européenne, l’autre intérieure et dépeuplée, qui semblent souvent étrangères l’une à l’autre. Et pourtant on ne peut comprendre l’Espagne urbaine san
s l’Espagne vide. Les fantômes de la seconde hantent les maisons de la première », écrit-il dans son essai, qui a été sacré livre de l’année 2016 par les grands quotidiens espagnols et en est à sa onzième réimpression. Tout commence par ce que l’auteur appelle « le grand traumatisme », l’exode rural massif qui a eu lieu entre 1950 et 1970. « Un exode rural, toutes les sociétés industrielles en ont connu. La différence, en Espagne, c’est qu’il est très tardif. Et qu’il s’est produit en un laps de temps très court. Nous n’avons pas fini de digérer ce changement. Des millions de personnes l’ont vécu, cela fait partie de la mémoire vive de beaucoup de gens », explique-t-il dans le quotidien ABC. En cause, la politique d’industrialisation à marche forcée menée par le général Franco dans les années 1960. Un comble pour celui qui s’était emparé du pouvoir en 1936 en promettant aux paysans un retour à un passé édénique. « Longtemps, personne ne s’est soucié du dépeuplement de l’Espagne intérieure. La concentration du pouvoir et de l’information dans les grandes villes ainsi que le désir d’oublier un passé difficile ont contribué à occulter la question », souligne dans El País le romancier Julio Llamazares, dont le village fut englouti pour la construction d’un barrage dans les années 1960. En 1988, son roman La Pluie jaune, monologue du dernier habitant d’un hameau, lui avait valu d’être taxé de plouc par un milieu littéraire assoiffé de modernité. Grâce à Sergio del Molino et à d’autres jeunes auteurs qui lui ont emboîté le pas – notamment le journaliste Paco Cerdà, qui recueille dans Los últimos. Voces de la Laponia española (2017) les témoignages d’habitants de villages à l’agonie –, tout le monde en Espagne parle désormais du sujet, et le gouvernement a nommé une commissaire chargée du « défi démographique ».
LE LIVRE
LE LIVRE

La España vacía. Viaje por un país que nunca fue de Sergio del Molino, Turner, 2016

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