Les dix ans qui ont fait basculer l’Europe
par Timothy Garton Ash

Les dix ans qui ont fait basculer l’Europe

Que s’est-il donc passé ? En 2005, l’Union élargie aux pays de l’ancien bloc de l’Est baignait dans l’euphorie. Se nourrissant des ratés du libéralisme économique, les populistes menacent aujourd’hui non seulement le projet européen, mais aussi la démocratie libérale.

 

Publié dans le magazine Books, mai / juin 2017. Par Timothy Garton Ash

© Bryan Smith / Zuma / Rea

Le Parti pour la liberté (PVV) du tribun populiste Geert Wilders n’a pas obtenu le score escompté aux législatives de mars 2017 aux Pays-Bas. Mais son discours anti-islam a contaminé le débat politique.

Si j’avais fait le choix de me faire cryogéniser en janvier 2005, je me serais assoupi comme un Européen heureux. Avec l’élargissement de l’Union européenne à de nombreuses démocraties postcommunistes, le rêve d’un « retour dans l’Europe » qu’avaient caressé mes amis de l’est du continent à la chute du mur de Berlin en 1989 venait de se réaliser. Les États membres de l’UE s’étaient mis d’accord sur un nouveau traité constitutionnel, appelé Constitution européenne. Le projet sans précédent d’une union monétaire avançait en dépit du profond scepticisme qu’il m’inspirait, à moi et à tant d’autres. On pouvait voyager sans entrave d’un bout à l’autre du continent, sans contrôles aux frontières au sein de l’espace Schengen et avec une monnaie unique en usage dans toute la zone euro. C’était fabuleux. Comme si on avait de nouveau ouvert en grand les fenêtres d’un ancien palais plongé dans la pénombre : les rayons du soleil y chassaient l’obscurité pour inonder de lumière Madrid, Varsovie, Athènes, Lisbonne et Dublin. On avait le sentiment que la périphérie de l’Europe rejoignait le cœur historique du continent, constitué par l’Allemagne, le Benelux, la France et le nord de l’Italie. Les jeunes Espagnols, Grecs, Polonais et Portugais parlaient avec optimisme des nouvelles perspectives que leur offrait « l’Europe ». Même le très eurosceptique Royaume-Uni, à l’époque gouverné par Tony Blair, voyait avec enthousiasme son avenir se dessiner dans cette union. Et puis il y a eu la Révolution orange en Ukraine. En regardant les manifestants pacifiques de Kiev agiter le drapeau euro­péen…

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