La double peine des juifs de Theresienstadt
par Thomas Nagel
Temps de lecture 15 min

La double peine des juifs de Theresienstadt

Ce camp devait servir de vitrine au régime nazi. Pour les déportés, il est devenu un abîme de dilemmes moraux. Les SS y avaient confié aux juifs eux-mêmes la gestion des affaires courantes – et donc la tâche de désigner ceux qui allaient être exterminés.

23134-df8854 Publié dans le magazine Books, mars/avril 2018. Par Thomas Nagel

© United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of Ivan Vojtech Fric

Hiver 1944. Des déportées des Pays-Bas à leur arrivée au camp de Therensienstadt. Entre novembre 1941 et aveil 1945, quelque 141 000 personnes y seront internées.

Le camp de concentration de Theresienstadt [ou Terezín], situé à une soixantaine de kilo­mètres au nord de Prague, occupe une place unique dans le dispo­sitif d’extermination des nazis. Bien que sa principale raison d’être soit de regrouper les juifs de Tchécoslovaquie, d’Autriche et d’Allemagne en vue de leur déportation vers les camps de la mort en Pologne, les nazis le présentent au monde extérieur comme une colonie juive gouvernée par ses habitants afin de faire croire qu’ils débarrassent la société allemande des juifs de ­manière ­humaine et civilisée. Le camp possède sa propre administration, composée de ­déportés juifs qui, sous le contrôle ­absolu des SS, doivent mener à bien ces deux ­missions à la fois. Et c’est ce qui fait de ­Theresienstadt, comme le souligne l’écrivain et historien tchèque H. G. Adler, « la plus horrible des danses macabres de l’histoire de la persécution des juifs sous Hitler ». Commençons par les chiffres : entre novembre 1941 et avril 1945, quelque 141 000 personnes sont déportées à Theresienstadt. Pendant cette période, 33 500 d’entre elles y trouvent la mort, le plus souvent des suites de maladies et de malnutrition. Sur les 88 000 prisonniers déportés de Theresienstadt vers l’Est, seuls 3 500 ont survécu ; les autres ont été assassinés à Auschwitz ou dans d’autres camps. Seulement 2 400 ont réussi à s’échapper ou ont été remis à des pays neutres. Et lorsque, à la veille de la capitulation de l’Allemagne, les SS remettent les clés du camp à la Croix-Rouge, il reste 17 500…

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