Francis Scott Fitzgerald : lettre à ma fille
par Francis Scott Fitzgerald : lettre à ma fille
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Francis Scott Fitzgerald : lettre à ma fille

Écrit par publié le le 9 décembre 2016

La correspondance des écrivains est un genre littéraire en soi. Mais parmi ces milliers de missives qui nous en apprennent plus sur l’artiste et son œuvre, ou non, il en est qui délivrent des messages universels. Pour son recueil Au Bonheur des lettres, Shaun Usher a retrouvé ce courrier de Francis Scott Fizgerald à sa fille. Scottie, 11 ans, est en colonie de vacances. La tendresse, la sagesse et l’espièglerie avec laquelle son père lui écrit font de ce courrier un rayon de soleil.

 

La Paix, Rodger’s Forge

Towson, Maryland

8 août 1933

 

Chère Pie,

 

Je tiens vraiment à ce que tu sois assidue. Peux-tu m’envoyer quelques devoirs supplémentaires de lecture en français ? Je suis content de te savoir heureuse – mais je n’ai jamais beaucoup cru au bonheur. Je ne crois jamais au malheur non plus. Ce sont des choses qu’on voit sur une scène, un écran, ou dans les livres, elles ne se produisent jamais dans ta vie.

Ce à quoi je crois dans la vie, c’est uniquement à la récompense du mérite (selon tes talents) et aux châtiments des obligations non remplies, qui sont une double peine. Si la bibliothèque du camp possède l’ouvrage, veux-tu prier Mr Tyson de te laisser consulter le sonnet de Shakespeare où figure le vers « Les lis en putréfaction sentent plus fort que l’herbe » ?

Je n’ai pas eu de pensée aujourd’hui, la vie semble se résumer à mettre au point une nouvelle pour le Saturday Evening Post. Je pense à toi, et toujours avec plaisir ; mais si tu m’appelles encore une fois « Pappy », je jetterai le Chat Blanc dehors et lui botterai le derrière bien fort, six fois pour chacune de tes impertinences. Ça te fait de l’effet ?

Je m’occupe de la facture du camp.

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Comme un idiot, je vais conclure. Choses à propos desquelles s’inquiéter :

S’inquiéter du courage

S’inquiéter de la propreté

S’inquiéter de l’efficacité

S’inquiéter de ses talents de cavalier

S’inquiéter…

 

Choses à propos desquelles ne pas s’inquiéter :

Ne pas s’inquiéter de l’opinion publique

Ne pas s’inquiéter pour les poupées

Ne pas s’inquiéter du passé

Ne pas s’inquiéter de l’avenir

Ne pas s’inquiéter de grandir

Ne pas s’inquiéter que quelqu’un te dépasse

Ne pas s’inquiéter du triomphe

Ne pas s’inquiéter de l’échec sauf s’il est de ton fait

Ne pas s’inquiéter des moustiques

Ne pas s’inquiéter des mouches

Ne pas s’inquiéter des insectes en général

Ne pas s’inquiéter des parents

Ne pas s’inquiéter des garçons

Ne pas s’inquiéter des déceptions

Ne pas s’inquiéter des plaisirs

Ne pas s’inquiéter des satisfactions

 

Choses auxquelles penser :

À quoi est-ce que j’aspire vraiment ?

Qu’est-ce que je vaux vraiment, comparé à mes contemporains, en matière de :

(a) Scolarité

(b) Est-ce que je comprends vraiment les gens et suis-je capable de m’entendre avec eux ?

(c) Est-ce que j’essaie de faire de mon corps un instrument utile ou suis-je en train de le négliger ?

Avec ma plus grande affection, Daddy

 

P.S. : Ma réplique au fait que tu m’appelles Pappy sera de te baptiser du mot Egg [œuf], ce qui suppose que tu appartiens à un stade de la vie très rudimentaire et que je peux te briser et t’ouvrir selon mon caprice, et je pense que ce nom te resterait si je le soufflais à ton entourage. « Egg Fitzgerald. » Ca te plairait de traverser l’existence avec « Eggie Fitzgerald », ou « Bad Egg Fitzgerald », ou n’importe quelle autre variation issue d’un esprit fertile ? Ose essayer une fois encore, et je jure devant Dieu que je te l’accrocherais autour du cou et qu’il ne te resterait qu’à tenter de le faire tomber. Pourquoi t’infliger tant d’ennuis ?

Je t’aime quand même.

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