Hayek contre les Experts
Temps de lecture 20 min

Hayek contre les Experts

Écrit par la rédaction de Books publié le 4 mars 2015

Crédit: CBS

Il faut cesser de vouloir tout expliquer rationnellement. Ce n’est pas parce que les policiers de la série télévisée Les Experts, dont une nouvelle déclinaison est diffusée aujourd’hui, élucident des crimes en 42 minutes avec un labo digne des plus grands chercheurs, que tout peut s’expliquer par la science. Dans Scientisme et sciences sociales, publié en anglais en 1952, l’économiste néolibéral Friedrich Von Hayek se livrait à un étonnant plaidoyer pour une raison modeste, un vibrant éloge de la sagesse des traditions.

 

« C’est en fait la compréhension de ses propres limites qui paraît être la tâche la plus difficile et la plus importante de la raison humaine. Il est essentiel pour la croissance de la raison que nous nous inclinions en tant qu’individus devant des forces et obéissions à des principes que nous ne pouvons espérer pleinement comprendre et dont dépendent pourtant le progrès et même la sauvegarde de la civilisation. Ceci a été historiquement réalisé grâce à l’influence de divers credos religieux et grâce à des traditions et à des superstitions qui ont soumis les hommes à ces forces en faisant appel à leur émotion plus qu’à leur raison. L’étape la plus dangereuse de la croissance de la civilisation pourrait bien être celle dans laquelle l’homme arrive à regarder toutes ces croyances comme des superstitions et refuse d’accepter quelque chose ou de se soumettre à quelque chose qu’il ne peut raisonnablement comprendre. Le rationaliste, dont la raison n’est pas suffisante pour lui enseigner les bornes du pouvoir de la raison consciente, qui méprise toutes les institutions et toutes les coutumes qui n’ont pas été consciemment établies, devient ainsi le destructeur de la civilisation édifiée sur elles.

Nous serions entraînés trop loin si nous ne nous bornions pas à ne rappeler que brièvement un autre domaine où se révèle la même tendance caractéristique de notre époque : celui de la morale. Ici, c’est contre l’observance de toute règle générale et formelle dont la rationalité n’est pas explicitement démontrée que s’élève le même genre d’objections. Demander que toute action soit jugée en pleine considération de toutes ses conséquences et non d’après des règles générales vient de ce que l’on ne réussit pas à voir que la soumission à des règles générales, définies par des circonstances immédiatement discernables, est la seule façon pour l’homme de combiner, en raison de sa connaissance limitée, la liberté et un minimum d’ordre. L’acceptation par tous de règles formelles est en fait la seule alternative à la direction d’une volonté unique que l’homme ait encore découverte. L’acceptation générale d’un tel ensemble de règles n’est pas moins importante parce que celles-ci n’ont pas été rationnellement élaborées. Il est pour le moins douteux qu’on puisse établir de cette manière un nouveau code de morale qui ait quelque chance d’être accepté. Mais aussi longtemps que nous n’aurons pas réussi à le faire, tout refus général d’accepter les règles morales existantes simplement parce que leur convenance n’a pas été rationnellement démontrée (situation qui se distingue de celle où le critique croit qu’il a découvert une meilleure règle morale dans un cas particulier et consent à braver en l’appliquant la désapprobation publique) ne peut que détruire un des fondements de notre civilisation. »

 

0
Commentaire

écrire un commentaire