Jyotirmaya Sharma : « L’Inde devient une démocratie illibérale »
par Eve Charrin

Jyotirmaya Sharma : « L’Inde devient une démocratie illibérale »

Pour affermir son pouvoir modernisateur, le nationaliste hindou Narendra Modi multiplie les gestes idéologiques en direction de ses partisans. Sa méthode : réécrire, en l’enjolivant, l’histoire d’une nation à l’homogénéité fantasmée. Cet effort de propagande s’accompagne d’entraves à la liberté d’expression et de persécutions contre les minorités musulmane et chrétienne.

Publié dans le magazine Books, novembre 2015. Par Eve Charrin
  Jyotirmaya Sharma est professeur de science politique à l’université d’Hyderabad, en Inde. Il a également enseigné à Oxford et à Göttingen. Auteur de plusieurs livres sur l’hindouisme en politique, il écrit des chroniques pour le quotidien Hindustan Times et l’hebdomadaire Outlook.   Plus d’un après l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou (BJP), il semble qu’on assiste à une montée de l’intolérance envers les minorités musulmane et chrétienne. Est-ce exact ? Le Sangh Parivar, comme on appelle la mouvance nationaliste hindoue, s’en prend aux musulmans et aux chrétiens pour des raisons politiques. Les musulmans sont accusés de se livrer au love djihad pour séduire les jeunes femmes hindoues et les convertir à l’islam. Ces groupes extrémistes lancent aussi des campagnes dites de ghar vapsi (« retour au foyer ») pour faire rentrer les minorités religieuses dans le giron de l’hindouisme, de gré ou de force. Depuis l’arrivée au pouvoir du BJP, une dizaine d’églises ont été détruites dans le pays, ainsi que des mosquées… Pour le Sangh Parivar, l’animosité envers les musulmans et les chrétiens est vraiment un moteur idéologique. Le mouvement véhicule une vision grossièrement déformée de l’hindouisme, fondée sur l’invention d’ennemis censés empêcher l’avènement d’une prétendue « nation hindoue », Hindu Rashtra. Mais ce n’est là qu’une utopie profondément pervertie.   En quoi consiste cette vision tronquée de l’hindouisme ? L’essayiste Des Raj Goyal est probablement celui qui permet le mieux de comprendre cette mythologie politique (1), pour avoir été dans sa jeunesse membre du Rashtriya Swayamesevak Sangh (RSS), une organisation culturelle et paramilitaire…

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