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Classiques
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La première séance


Retour aux sources du cinéma. Dans cet article du Journal des débats politiques et littéraires paru le 17 juillet 1895, Henri de Parville s’émerveille devant l’illusion créée par le premier cinématographe.

Une bien jolie nouveauté qui fera courir tout Paris après les vacances. M. Olivier, directeur de la Revue générale des sciences, avait convié, jeudi dernier, le dessus du panier du monde savant à une soirée particulièrement intéressante. Au programme, le cinématographe de MM. Auguste et Louis Lumière. C’était de l’inédit. Tout le monde se rappelle le kinétoscope d’Edison, que tous les Parisiens ont admiré. [1] Eh bien! Le cinématographe est encore autrement merveilleux. Les tableaux animés du kinétoscope étaient presque microscopiques. Ceux de MM. Lumière sont plus grands, ce sont, en effet, des agrandissements photographiques. L’illusion de relief et de mouvement est extraordinaire. Le dispositif employé est nouveau. La place nous ferait défaut pour l’esquisser aujourd’hui. Qu’il nous suffise de dire que l’appareil, très condensé, permet facilement la projection des images successives qui donnent l’illusion du mouvement sur un écran avec un agrandissement de cent fois en diamètre. Alors, un grand nombre de personnes peuvent assister à ce spectacle charmant. Que de scènes applaudies avec enthousiasme et presque avec délire ! Le jardinier et sa lance qui arrose les plates-bandes, le cavalier qui apprend à monter à cheval, le bébé qui cherche les poissons rouges dans leur bocal, l’incendie, les pompiers, l’eau, la fumée, le dîner de Bébé avec les arbres du jardin agités par le grand vent. C’est d’une vérité telle qu’on se demande si l’on y est. Et la descente des passagers sur le ponton des bateaux de la Seine? C’est inénarrable. Et la sortie des ateliers de femmes par la grande porte avec les voitures, les bicyclettes, les porteurs de marchandises. Quel mouvement et quel naturel ! Mais le chef-d’œuvre, c’est le boulevard avec les cafés, les piétons, les omnibus, etc., tout cela, c’est si bien le boulevard, qu’on a envie de se garer des voitures. Il apparaît à certain moment une tapissière qui vient droit sur les spectateurs. Ma voisine était si bien sous le charme qu’elle se leva brusquement d’un bond et ne se rassit que lorsque la voiture tourna et disparut. Puissance de l’illusion ! Le cinématographe étonnera bien des personnes. C’est inimaginable de vérité. MM. Lumière sont décidément de grands magiciens!

HENRI DE PARVILLE.

 

Notes

[1] Appareil à vision individuelle inventé par Thomas A. Edison et W. Dickson en 1889 (breveté en 1891) permettant la projection de photographies prises à très courts intervalles, et dont le déroulement rapide donnait une impression de mouvement, selon le Larousse

LE LIVRE
LE LIVRE

Revue des sciences de Henri de Parville, Journal des débats politiques et littéraires, 1895

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