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L’arrière-fond de Pierre Guyotat

Arrière-fond est le troisième volet d’un texte qui pose une question, au-delà des partages entre fiction et réalité : comment écrire la vie ? La vie ? C’est-à-dire ce processus qui s’oppose, tous les jours et depuis le moment où il apparaît, à la mort. Comment écrire cette vie, et pas la vie, entendue comme la suite de ce qui arrive dans la vie. Voilà ce qui inspire l’entreprise de Pierre Guyotat dans Arrière-fond. S’il fallait se convaincre que l’autobiographie peut être ainsi autre chose que la simple récapitulation des multiples évènements d’une existence, il suffirait de lire les trois récits qu’a publiés Pierre Guyotat ces dernières années. 

Il y a eu Coma. Episode de vie qui conduit l’auteur, dans les années 1980, au bord de la mort. Ce récit d’une expérience de dépouillement extrême couvre quelques mois et culmine, au moment de l’adaptation de Tombeau pour cinq cent mille soldats par Antoine Vitez au théâtre national de Chaillot. Formation, ensuite, qui couvre les treize premières années de l’enfant Guyotat, raconte comment l’Histoire entre dans la vie d’un enfant qui, sans savoir parler, écoute. La vie ici se forme avant même que la conscience ne puisse juger et jauger ce qui arrive de l’extérieur. Enfin avec Arrière-fond, c’est une autre temporalité qui est à l’oeuvre : trois jours et trois nuits en Angleterre puis le retour par ferry, à l’été des quinze ans de l’auteur. 

Ce récit visionnaire de la transformation qui intervient à cet âge, fait entrer dans la tête d’un garçon de quinze ans. L’auteur d’aujourd’hui n’y surimpose pas ses certitudes. Il demeure (et le lecteur avec lui) dans l’état fragile et tremblant dans lesquelles les  tourments et les fureurs s’expriment. Vertiges, curiosités, scandales. Et surtout, découverte de l’arrière-fond (terme de peinture, particulièrement adapté au monde pittoresque de Guyotat), cet arrière-fond, obscur, orageux, plein de terreur et d’effroi, mais aussi plein d’humour et de ferveur.  J’aime les personnages pickwickesques qui habitent la demeure. J’aime les étrangetés de cette famille anglaise qui accueille l’adolescent. J’aime surtout – et il faut aller lire ces dix pages – la transformation d’un épisode de cirque en une scène biblique de l’Eden. Car dans l’arrière-fond de cet immense auteur qu’on a trop vite catalogué comme poète maudit, se cache, dans le sang, le sperme et la sueur, toute l’iconographie, lumineuse et sublime, de la geste biblique…

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