Inattendu
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L’écrivain du désastre somalien


Marché de Bakaara, 2001. AMISOM

La Somalie est en pleine effervescence électorale jusqu’au 10 novembre : 14 000 délégués désignés par les clans, les groupes de base de la société, choisiront les députés et sénateurs, qui éliront à leur tour le président de la République. Ce suffrage indirect est lié à la violence qui règne dans ce pays détruit par vingt-cinq ans de guerre civile et en proie à une insurrection islamiste. Une situation qu’un détour par la littérature aide à comprendre plus intimement. Depuis les années 1970, le grand écrivain Nuruddin Farah raconte la descente aux enfers de son pays. Contraint à l’exil par la publication en 1976 de son deuxième ouvrage, Une aiguille nue, il est l’auteur d’une dizaine de romans, tous interdits en Somalie. Une aiguille nue avait le tort de contenir des remarques satiriques sur le régime militaire de Siad Barre. Alors condamné à mort par contumace, Farah persiste, et signe une trilogie intitulée Variations sur le thème d’une dictature africaine. Dans son essai « Why I Write », il explique : « J’envisageais la Somalie comme une pièce mal écrite, dont l’auteur était Siad Barre. Il en était aussi le principal acteur, le centre et le thème ; en tant qu’acteur-producteur, il s’était attribué tous les rôles disponibles. Convaincu que personne n’était aussi bon que lui, il en réglait également la scénographie et les éclairages, et en constituait le public. »

Si l’œuvre de Farah épouse l’évolution politique du pays, c’est aussi pour mieux dénoncer les démons qui le rongent. Dès son premier roman, Née de la côte d’Adam (1970), il s’en prend à la prétendue infériorité des femmes. « Etudiez la structure de la famille somalienne et vous trouverez des mini-dictateurs imposant leur volonté, assure-t-il. Nous sommes devenus les copies des tyrans que nous détestons. Quand vous vous débarrassez d’un monstre, vous en devenez un. » Dans sa seconde trilogie, Du sang sous le soleil (1986-1998), il dénonce le dogmatisme religieux et le nationalisme (Territoires), l’aide internationale (Dons) et le clanisme (Secrets). Et il veut, avec son dernier triptyque, Passé imparfait, exposer « les malentendus, idées fausses et explications à côté de la plaque » sur l’intervention américaine de 1993, la montée de l’organisation islamiste des chababs et la piraterie. Son roman le plus récent, publié en 2015, Hiding in Plain Sight, s’ouvre sur une scène d’attentat à Mogadiscio et reflète les tensions qui parcourent la ville et une famille dans ce climat particulier.

LE LIVRE
LE LIVRE

Une aiguille nue de Nuruddin Farah, Editions D'En bas, 2007

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