Se reproduire sans sexe


Les députés ont adopté le projet de loi bioéthique permettant notamment aux couples de femmes et aux femmes seules d’accéder à la procréation médicalement assistée.

Depuis quarante ans, la technique de fécondation in vitro (FIV) a beaucoup progressé. Au point que Henry Greely, professeur de droit à l’université Stanford, prédit dans The End of Sex and The Future of Human Reproduction qu’elle finira par devenir le mode de reproduction par défaut.

Plusieurs techniques à l’étude promettent de rendre la FIV moins invasive et incertaine grâce à la création d’ovules et de spermatozoïdes à partir de cellules souches embryonnaires. Ces dernières, issues d’un embryon dans ses tout premiers jours de développement, peuvent se transformer en n’importe quel autre type de cellules. En 2014, des chercheurs ont réussi à obtenir des gamètes à partir de cellules souches embryonnaires et à créer des embryons de souris.

Grâce aux techniques employées pour le clonage, des cellules souches embryonnaires peuvent porter les gènes de n’importe quel adulte. Le matériel génétique de l’individu est inséré dans un ovule dont les chromosomes ont préalablement été retirés. L’ovule peut alors être cultivé pour donner des cellules souches embryonnaires qui serviront à produire des gamètes.

Mais il semble aussi possible de se passer de cellules d’embryons. En 2007, des chercheurs japonais ont montré que grâce à un cocktail d’ingrédients biochimiques, n’importe quelle cellule (de la peau, par exemple) peut redevenir une cellule souche et donc produire potentiellement des gamètes.

Ces techniques, note Greely, permettraient d’envisager la conception d’enfants liés biologiquement aux deux membres d’un couple homosexuel, car des ovules peuvent être créés à partir des cellules d’un homme et des spermatozoïdes à partir de celles d’une femme. Elles pourraient aussi donner la possibilité à une personne d’être les deux parents biologiques de son enfant.

La procréation médicalement assistée réalisable à partir de banales cellules de peau pourrait se révéler tentante pour tous les futurs parents, assure Greely. D’autant plus que la sélection d’embryons grâce au diagnostic préimplantatoire s’affinera et pourra être vendue à grand renfort de publicité comme un moyen de donner à son enfant « le meilleur départ possible dans la vie ».

À lire aussi dans Books : Le nouvel eugénisme, juin 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

The End of Sex and the Future of Human Reproduction de Henry Greely, Harvard University Press, 2016

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