Les batailles du Panthéon
Temps de lecture 1 min

Les batailles du Panthéon

Écrit par La rédaction de Books publié le 29 juin 2018

Fronton du Panthéon, Chabe01

Simone Veil entre au Panthéon le 1er juillet. Contrairement à elle, tous ses prédécesseurs n’y sont pas arrivés sans heurt. Le monument dédié aux Grands Hommes est un lieu d’affrontement politique, rappelle l’historien Avner Ben-Amos dans Funerals, Politics, and Memory in Modern France. Les morts placés là ont été recrutés comme autant d’affirmations dans les débats qui agitèrent le pays depuis 1789.

Le Panthéon inventé par la Révolution est conçu dès le départ comme un outil de rassemblement autour du nouveau régime, mais aussi d’exclusion, privant l’Eglise de son monopole sur les cérémonies funéraires. Mais il connaît aussi les mêmes épurations que les assemblées révolutionnaires. Le premier Grand Homme à avoir l’honneur d’y être inhumé, en 1791, fut aussi le premier à en être expulsé. Le corps de Mirabeau est déplacé trois ans plus tard, après la découverte de sa correspondance secrète avec Louis XVI. Il est remplacé par Marat, dont le pouvoir entend ainsi venger publiquement l’assassinat, et qui lui aussi ne restera que quelques mois.

Le statut du Panthéon varie ensuite au gré des changement de régime. C’est la IIIe République qui en fait une fois pour toutes un monument laïc dédié à la mémoire des Français d’exception. Elle le conçoit comme un instrument d’éducation civique. Avec Victor Hugo, inhumé en 1889, elle gagne sur tous les tableaux. Les funérailles donnent lieu à un grand moment de rassemblement populaire. Mais la panthéonisation suivante, celle groupée de Carnot, La Tour d’Auvergne et Marceau, organisée dans le cadre de la célébration du centenaire de la Révolution, n’est pas dénuée d’arrière-pensées partisanes. Elle est une attaque contre le boulangisme. Le transfert des restes de Zola puis l’inhumation de Jaurès se font, eux, sous les protestations de la droite. La Ve République n’est pas exempte de ces querelles. En 1989, la panthéonisation de l’Abbé Grégoire suscita l’ire de l’archevêque de Paris et des juifs orthodoxes, et celle de Marie Curie en 1995 fut regardée avec suspicion à cause des engagements politiques de ses descendants.

0
Commentaire

écrire un commentaire