Les mirages de la gratuité
par Malcolm Gladwell

Les mirages de la gratuité

Gourou américain de l’Internet, Chris Anderson révèle les trésors de rentabilité que recèle selon lui l’ère de la gratuité qui nous attend. La baisse des coûts provoquée par les technologies numériques favorise cette révolution. Les consommateurs, viscéralement électrisés par le mot « gratuit », l’exigent. À l’avenir, pour gagner gros, même en dehors du secteur des produits immatériels, l’entreprise performante devra donc commencer par donner les biens et services dont elle espère un impact. Anderson ne parvient pas à convaincre le célèbre essayiste Malcolm Gladwell, qui peine à trouver des exemples de cette lucrative gratuité : le site YouTube est menacé par son propre succès, alors que les publicitaires rechignent à s’associer à des vidéos amateurs de piètre facture ; les médias aujourd’hui prospères sont ceux qui ont misé sur le payant ; et les firmes pharmaceutiques visent les marchés étroits où l’on peut faire flamber les prix. Les économies modernes seraient-elles trop complexes pour les idées simples des utopistes technologiques ?

Publié dans le magazine Books, octobre 2009. Par Malcolm Gladwell
En mai 2009, James Moroney, directeur du Dallas Morning News, a témoigné devant le Congrès au sujet des discussions qu’il venait d’avoir avec Amazon. L’idée était d’accorder au Kindle, le nouveau lecteur électronique de la firme, le droit de diffuser le quotidien. « Ils veulent 70 % des recettes d’abonnements, a expliqué Moroney. Je touche 30 %, et eux 70 %. Pour couronner le tout, ils ont dit qu’ils se réservaient le droit de réutiliser ma propriété intellectuelle pour n’importe quel appareil portable. » Autrement dit, en imaginant qu’un abonnement au Dallas Morning News pour Kindle coûte dix dollars par mois, sept reviendraient à Amazon, producteur du gadget permettant de lire les informations, et trois seulement au journal, fournisseur d’un contenu éditorial d’une diversité onéreuse et perpétuellement renouvelée. Les responsables d’Amazon accordaient si peu de valeur à l’apport du journal qu’ils trouvaient même normal de pouvoir en accorder la licence à qui bon leur semble. Lors de la même séance du Congrès, Arianna Huffington, fondatrice du très populaire site d’information The Huffington Post, estimait pour sa part que le modèle économique offert par le Kindle était susceptible de sauver un secteur de la presse aux abois. Cela n’a pas convaincu James Moroney, qui s’interroge, incrédule : « Je touche 30 % et Amazon a le droit de diffuser mon contenu sur n’importe quel appareil portable, et pas uniquement ceux d’Amazon ? Je n’appelle pas cela un modèle. »   Une chance de salut pour les journalistes professionnels Si James Moroney avait lu le dernier livre de Chris Anderson, Free ! Entrez…

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