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Les mauvais philosophes

Droits des animaux, genre, bioéthique : le philosophe français Jean-François Braunstein dénonce les aberrations de certains penseurs anglo-saxons et leur emprise sur le public.


© Marcus Møller Bitsch pour Books

John Money ne voit ­aucun problème à s’amputer d’un membre valide pour des raisons esthétiques ; Donna Hara­way, elle, embrasse son chien « avec la langue » afin d’abolir les barrières entre les espèces ; ­Peter Singer va encore plus loin : pour lui, humains et animaux peuvent avoir des relations sexuelles « mutuellement satisfaisantes ». Quant à Hugo Tristram Engelhardt, il suggère de faire des expérimentations médicales sur des malades condamnés plutôt que sur des animaux bien portants.

 

Tous les quatre (en compagnie de Judith Butler, d’Anne Fausto-Sterling et de quelques autres) figurent dans cette étonnante galerie de portraits au vitriol de « savants fous » présentée par Jean-François Braunstein, philosophe français des sciences et de la médecine. Ce sont tous d’éminents universitaires. Donna Hara­way, connue pour ses travaux sur les cyborgs, enseigne à l’Université de Californie à Santa Cruz. Peter Singer, professeur à Princetown, est l’auteur de Questions d’éthique pratique, un livre considéré comme un must tant sur la question animale que sur la bioéthique. Et Engelhardt (décédé en 2018), qui a officié à l’université Rice, à Houston, est considéré comme le fondateur de la bioéthique.

 

Le problème est que, aux yeux du grand public, tous ces penseurs anglo-saxons tiennent « des discours sur l’amour et la tolérance, les animaux maltraités ou les mourants à soulager auxquels chacun a immédiatement envie de souscrire », écrit Braunstein. Sauf qu’ils conduisent à des « conclusions absurdes et choquantes ». Voire à de véritables aberrations. « Ce que Jean-François Braunstein appelle la philosophie devenue folle, analyse le philosophe suisse Mark Hunyadi dans le quotidien Le Temps, est une philosophie qui veut gommer les limites, et ce dans les trois domaines que sont le genre (différences de sexe), le droit des animaux (différence humain/animal) et la bioéthique (différence entre vies dignes d’être vécues et les autres). »

 

La cible préférée du pamphlet de Braunstein reste Singer. Depuis la publication de La Libération animale (Grasset, 1993), Singer est connu pour être l’inventeur des termes de « spécisme » et d’« antispécisme ». À partir de la défense des animaux, il a déve­loppé une vision utilitariste du monde, affirmant que la vie d’un chien était plus estimable que celle « d’un être de notre espèce dont les capacités intellectuelles sont gravement diminuées ». Il justifie même l’infanticide de nouveau-nés et l’euthanasie non souhaitée. Comment en est-il arrivé là ? Pour Braunstein, Singer et les autres commettent tous la même erreur : « Penser que les questions morales sont analogues à des problèmes logiques ou juridiques, dans lesquels une solution et une seule s’impose. » Jusqu’à en oublier l’humain et ses frontières naturelles. « Il faut être un intel­lectuel pour croire une chose pareille : quelqu’un d’ordinaire ne pourrait jamais atteindre une telle jobardise », conclut l’auteur, reprenant à son compte une célèbre citation de… George Orwell.

LE LIVRE
LE LIVRE

La philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort de Jean-François Braunstein, Grasset, 2018

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