Pourquoi les elfes sont anglais
par Dorothee Gerkens
Art

Pourquoi les elfes sont anglais

Au XIXe siècle, les peintres anglais se passionnent pour ces charmants petits êtres ailés. À contre-courant de l’Europe continentale, où l’on préfère représenter la modernité. Pourquoi cette fibre féerique ?

Publié dans le magazine Books, janvier-février 2010. Par Dorothee Gerkens
Chaque nouvelle génération d’historiens de l’art se pose la question de savoir si elle veut continuer d’écrire ce qui a déjà été dit ou porter un regard neuf sur le passé et découvrir d’autres chemins, d’autres ruptures, d’autres temps forts. L’histoire de l’art est à bien des égards une forêt immense, parcourue d’innombrables sentiers, dont certains sont tant et tant arpentés qu’on en a oublié les autres. Par chance, Dorothee Gerkens ne les a pas oubliés. Dans sa thèse de doctorat, qui vient d’être publiée, elle traite d’un sujet surprenant : les elfes dans la peinture anglaise du XIXe siècle. Au moment même où, en Europe continentale et surtout en France, l’avant-garde entamait sa marche triomphale, où les scènes urbaines, les paysages vibrants, les bars, les nus féminins et les gares dominaient la peinture, la représentation d’êtres frêles avec des ailes d’insectes devenait en Angleterre un genre très prisé. Gerkens s’interroge sur ce phénomène et en donne une explication étonnante. Pour comprendre, il faut d’abord revenir sur la manière dont on classait jusqu’à présent la représentation des elfes dans l’histoire de l’art. Gerkens évoque l’essai de Jeremy Maas, paru en 1969, qui a le mérite d’avoir le premier vu là un genre à part entière (1), mais le tort de s’être contenté d’une explication rapide : la peinture d’elfes reflétait, selon lui, la peur de la modernité et le malaise face aux découvertes scientifiques que l’on fuyait dans un monde féerique. Dans la forêt de l’histoire de l’art, aucun sentier n’est plus battu que l’hypothèse de la fuite de la réalité : le peintre impressionniste de scènes de rue affrontait courageusement le présent et ses défis ; le peintre qui introduisait des éléments fantastiques sur une toile naturaliste était une espèce de dégonflé conservateur et hors du temps. Mais pourquoi les artistes anglais se seraient-ils moins bien accommodés de la modernité que les Français ? Cherchant une réponse plus satisfaisante, Gerkens articule son analyse en deux parties. Elle raconte d’abord l’histoire de l’émergence de la figure de l’elfe dans la peinture, en remontant jusqu’au XVIIe siècle – même si…
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