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La révolution numérique invite 
à redécouvrir les pratiques éditoriales du XIXe siècle.

La gent lettrée, paralysée devant la mainmise du Web sur l’écrit, peine à penser le phénomène. Elle pourrait, pour s’y aider, lire Cognitive Surplus, le récent ouvrage de Clay Shirky, gourou controversé du Web 2.0 que les uns n’hésitent pas à considérer comme le nouveau Marcuse, quand d’autres l’accusent d’être « le principal responsable de la confusion intellectuelle » régnant sur le sujet ! (voir notre dossier « Internet contre la démocratie », no 12).
Les gens du livre, dit Shirky dans un entretien accordé au site Salon.com, devraient regarder non pas vers hier, mais vers avant-hier : faire comme la Pologne, qui a mieux pris le tournant des années 1990 que la Russie, parce que le communisme avait dur

é chez elle moins longtemps et que le capitalisme y était encore en mémoire. Avant-hier, donc, au XIXe siècle, le livre n’était pas le seul support de la production littéraire : les chefs-d’œuvre paraissaient en feuilleton dans les journaux, la pensée circulait par lettres, et beaucoup n’hésitaient pas à « s’autoéditer » en conjuguant les talents d’écrivain et d’imprimeur. Il faut se remettre dans ces conditions plutôt que de s’affoler.

Première conséquence : le livre ne peut demeurer le véhicule unique de la littérature. La production explose et avec elle « le ratio qualité/quantité ». À l’éditeur de demain de gérer cet afflux, non pas comme contrôleur de l’accès aux rayons des libraires, mais comme conseil de l’écrivain. La grande question, dans ce nouvel écosystème, c’est : comment les éditeurs pourront-ils continuer à assister les auteurs ?

Deuxième conséquence : la frontière entre roman et essai, journalisme et littérature se fissure. À mesure qu’Internet devient le « guichet unique » de toute recherche livresque, les cloisons entre disciplines s’effondrent. Désormais, l’écrivain doit produire du texte dans toutes les configurations et sur tous les supports. Le texte lui-même doit changer, de forme, mais aussi de longueur : pour des raisons de coût, dit Shirky, un livre publié doit faire au moins 80 000 mots ; mais bien souvent, 25 000 suffiraient amplement !

Guglielmo Libri
LE LIVRE
LE LIVRE

Surplus cognitif. Créativité et générosité dans un monde connecté  de La tentation digitale, Penguin

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