Soutenez la presse indépendante ! Abonnez-vous à Books, à partir de 8€/mois.

La santé des masses, une vieille histoire


Qu’ils aient opté pour le confinement strict comme l’Inde ou les recommandations de « bon sens » comme la Suède, la plupart des gouvernements du globe en cette période de pandémie se préoccupent de la santé de leurs citoyens. En Occident, le droit à la santé, entériné en 1948 par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, est un héritage des Lumières, rappelle l’historienne Dorothy Porter dans Health, Civilization and the State.

Avant cela, les autorités se souciaient déjà de la santé des masses. C’était un moyen comme un autre de conforter leur pouvoir. Pendant l’antiquité, la santé publique est ainsi une question de civilisation. Hygiène et propreté sont pour les riches et les puissants un signe de statut social et en viennent par extension à montrer la supériorité de toute une société sur les barbares qui peuplent le reste du monde. Les Grecs consultent régulièrement des médecins. Les Romains développent les premiers systèmes complets de traitement des déchets et des eaux usées. Après la chute de Rome, ces infrastructures sont peu à peu laissées à l’abandon. Mais la chrétienté continue d’exploiter le lien entre santé publique et civilisation en faisant de l’endiguement des épidémies notamment une question de charité et de supériorité morale.

Santé et maintien de l’ordre

D’outil de maintien de l’ordre établi, les philosophes et hommes politiques des Lumières des deux côtés de l’Atlantique transforment la santé publique en objet politique. Pour l’américain Thomas Jefferson, une population malade est le fruit d’un système politique malade. En 1791 en France, l’Assemblée constituante déclare que la santé est une obligation de l’État vis-à-vis de ses citoyens. Volney, élu et philosophe, précise qu’elle est aussi une responsabilité de l’individu vis-à-vis de son pays. Mais cette rhétorique ne se traduit pas par des actes.

Grande cause sanitaire

Les réformes sanitaires, soutenues par les progrès de la médecine, deviennent cependant, sous la pression des villes en pleine explosion démographique, l’une des grandes causes des sociétés industrielles naissantes. Les gouvernements s’y attèlent en fonction de leur tradition politique : interventionnisme étatique en Allemagne ou en France, libre choix aux États-Unis. Grands travaux d’assainissement des villes, campagnes de vaccination… participent au déclin drastique de la mortalité au XIXe siècle. Mais alors que les menaces sanitaires qui terrorisaient la société industrielle s’éloignaient, les gouvernements occidentaux ont, notamment après les années 1970, considérablement réduit leurs interventions dans le domaine de la santé publique, faisant de plus en plus appel à la responsabilité de tout un chacun.

À lire aussi dans Books : Froid, épidémies, la fin de l’empire romain, mars 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

Health, Civilization and the State: A History of Public Health from Ancient to Modern Times de Dorothy Porter, Routledge, 1998

SUR LE MÊME THÈME

Le livre On a perdu le contact
Le livre Tout peut arriver
Le livre Grandeur et misère de la recherche biomédicale

Dans le magazine
BOOKS n°109

DOSSIER

SOS biodiversité

Mot manquant

Colaborador

par Daniel Pennac

Esprit critique

La prochaine pandémie

par Olivier Postel-Vinay

Sciences

Le souvenir que la Terre gardera de nous

par Lucy Jakub

Voir le sommaire

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.