Singes intelligents et chiens heureux en Israël
Publié en janvier 2026. Par Olivier Postel-Vinay.
Shalom Sadik a beau être un Juif pratiquant, ce professeur de pensée juive à l’université Bar-Ilan n’est pas très orthodoxe, observe le New-Yorkais Allan Arkush dans la Jewish Review of Books. Il ne croit pas à l’existence d’un Dieu surnaturel capable d’écouter les prières des individus, de réaliser des miracles et de faire des prophéties. Il propose d’adhérer à un autre concept de Dieu, hérité du penseur médiéval Moïse Maïmonide, son mentor. Un Dieu plus à même de conforter l’observance d’un mode de vie traditionnel à l’époque moderne. Et capable d’attirer non seulement les dévots mais les Juifs séculiers libéraux. Il renvoie en effet ces deux communautés dos à dos. Les premiers (les ultraorthodoxes) adhèrent à des croyances déplorables, résume Arkush, tandis que les seconds mènent une vie déplorable. Le dogmatisme des premiers leur a fait abandonner toute pensée critique, tandis que les seconds, accrochés à une conception illusoire de la liberté héritée des Lumières, « nient les responsabilités réciproques qui existent au sein de la famille et de la société », écrit Sadik. Résultat : ils ont adopté « un mode de vie permissif », générant familles éclatées et pénurie d'enfants. Tandis que les Juifs religieux se marient tôt, ont beaucoup d’enfants qui font de même, et quand ils atteignent la soixantaine peinent à dénombrer leurs petits-enfants.
Le moyen de réconcilier ces deux extrêmes, d’en finir avec cette polarisation qui mine Israël ? C’est de pratiquer un sage retour aux enseignements de Maïmonide, explique-t-il dans ce livre en hébreu. Une « philosophie religieuse radicale » pouvant permettre, à la limite, d’observer la loi juive tout en professant un matérialisme décomplexé.
On s’en doute, Sadik s’attirait des verges pour se faire battre. Dans le Times of Israel, un quotidien multilingue pourtant réputé pour son centrisme, le rabbin Ysoscher Katz y voit une « pure hérésie ». Pour répondre à ses critiques, Sadik a haussé le ton. Interviewé par le journal sioniste Makor Rishon, il a lancé : « Même si nous ne sommes effectivement que des singes très intelligents, la Torah et les commandements nous permettent d’être des chiens heureux. Même si l’homme est une espèce d’animal, il est un animal social qui a besoin de liens familiaux stables, et ceci est impossible sans un système de lois religieuses. »
