Sweet sexties
par Álvaro Pons

Sweet sexties

Mythique créature imaginée par l’italien Guido Crepax à la fin des années 1960, Valentina est unique parmi les stars de la BD érotique. Cette élégante héroïne, au physique inspiré de Louise Brooks, a ébranlé à jamais les codes de la bande dessinée.

Publié dans le magazine Books, mai 2012. Par Álvaro Pons
Le vent de révolte culturelle qui souffla sur l’Europe dans le sillage des contestations politiques et sociales des années 1960 trouva dans la bande dessinée l’une de ses principales expressions. Barbarella et Pravda, les sulfureuses héroïnes créées par le Français Jean-Claude Forest et le Belge Guy Pellaert – édités chez Éric Losfeld – rompaient avec une forme narrative considérée jusque-là comme un divertissement infantile et juvénile pour s’adresser à un public d’adultes en flirtant avec l’érotisme et le militantisme politique. La bande dessinée d’auteur voyait enfin le jour, brisant le cadre étriqué des albums et des magazines, avec leurs maigres paginations, pour s’affranchir des règles du genre et offrir un prodigieux éventail de possibilités nouvelles. Pourtant, c’est au dessinateur italien Guido Crepax que revient le mérite d’avoir, avec sa mythique Valentina, véritablement posé les fondations d’un neuvième art rénové. Plutôt que de travailler, comme les créateurs français, à la féminisation des archétypes héroïques des comics américains, Crepax s’inspire des modèles artistiques européens de l’époque, cinématographiques et littéraires, de Ionesco à Antonelli, et fait subir à ses personnages une incroyable évolution intérieure. À l’origine, la créature phare de Crepax était l’un des nombreux clones de super-héros apparus au milieu des années 1960 : le personnage de Philip Rembrandt, critique d’art, n’était autre que le puissant Neutron, capable d’arrêter le temps à sa guise pour affronter les méchants. Mais l’audacieuse photographe Valentina, au physique inspiré de Louise Brooks, prit bientôt une place croissante dans la série. Cette ascension n’avait pourtant rien à…
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