Timochenko, un innocent aux mains sales

Rodrigo Londoño, alias Timochenko, a été le commandant des Farc, une guérilla qui a fait régner la terreur en Colombie pendant plus de cinquante ans. En 2016, il a signé un cessez-le-feu avec le gouvernement colombien, et des milliers de combattants ont rendu les armes. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux ont repris le maquis, menaçant le processus de paix. Londoño demande pardon, mais il ne s’attend pas à être pardonné.


Plusieurs centaines de combattants ont repris le maquis depuis le cessez-le-feu. Ici, en septembre 2018, des rebelles ayant refusé de rendre les armes campent dans les montagnes au nord de Medellín.

Il y a deux types de révolutionnaires qui prennent les armes : ceux qui s’efforcent de ressembler au héros qui a fait naître leur vocation et ceux qui désirent surpasser leur mentor pour atteindre un niveau supérieur. ­Rodrigo Londoño appartient à la première catégorie : il a choisi d’imiter ceux qui l’ont inspiré, de vivre dans leur ombre, et c’est pourquoi, lorsqu’il parle, il répète des phrases prononcées par ses chefs, les commandants historiques des Farc, les Forces armées révolutionnaires de Colombie. Il raconte, par exemple : « Dans la jungle traversée par la rivière Guayabero, Jacobo Arenas s’est exprimé avec une grande sagesse car, lui, il s’y connaissait en politique » ou : « Manuel Marulanda se baignait dans un ruisseau d’eau froide quand il s’est vu encerclé par des soldats… » Londoño accepte de ne plus être le héros de sa propre vie et cède ce rôle à d’autres, un peu comme un orphelin qui parlerait de son père mort.
Il était le troisième commandant en chef des Farc, cette gué...

LE LIVRE
LE LIVRE

Timochenko. Le dernier guérillero de Jorge Rojas Rodríguez, Ediciones B, 2013

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