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Un mot sur l’affaire Mitterrand

Il y avait longtemps qu’un livre n’avait pas ainsi enflammé l’opinion. Mais qu’est-ce donc que cette « mauvaise vie » qui vaut a Frédéric Mitterrand de passer au JT de TF1 ? Qu’est-ce donc qui expose ainsi un auteur ? C’est d’abord une prise de position sur l’affaire Polanski. Quelque chose qui n’a rien à voir avec le livre, qui est hors champ et qui, par l’effet de manœuvres politiques, se trouve rebondir sur le livre.  Car en soi La mauvaise vie est publié depuis cinq ans, et ni la justice ni les censeurs qu’on voit se lever aujourd’hui n’y ont trouvé alors à redire. Mais cette lumière noire que l’actualité projette sur le récit de Frédéric Mitterrand le déforme et fait jaillir sélectivement quelques épisodes. En particulier le chapitre consacré à l’errance thaïlandaise. Et voilà une opinion, tisonnée tour à tour par la droite extrême et – nouveauté – par la gauche, qui lâche l’affaire Polanski pour faire l’affaire Mitterrand…Mais passer de deux cent mille lecteurs – qui lisent un texte – à vingt millions de téléspectateurs – qui ne font qu’entendre parler d’un texte – n’est pas un exercice sans risques…comme si la vertu des hommes devait changer au gré de l’opinion.

Disons-le tout net. La « mauvaise vie » est un exemple, pas un modèle. Texte d’un auteur qui ne s’aime pas et se condamne en s’exposant. Lisez le texte. C’est la détestation de soi qui est le carburant de la narration. Qui peut croire sérieusement qu’il y ait exaltation ou une quelconque apologie de ce moment de vie qu’est le passage au « bordel » thaïlandais ? Ce que l’homme fait, ce que l’âme pense, l’auteur fait effort pour le dire et le comprendre. On peut être ému par cette confession d’une âme triste. Y lire la mélancolie d’une inaccessible « bonne vie » (mais laquelle ?).

Mais chercher dans ce récit la preuve de tel ou tel délit est absurde. La volonté de nuire est manifeste. Ce n’est pas sans rappeler les méthodes de l’affaire Salengro : juger les hommes publics au filtre de leur vie privée. D’abord. Cette confession autobiographique, librement consentie, n’est pas le passage aux aveux d’un criminel dans une salle d’interrogatoire. Ensuite. La vérité dans le registre autobiographique vaut par l’authenticité. Pas par l’objectivité. C’est l’intention qui compte. Pas les faits. L’inverse de l’enquête policière. Enfin. Les faits n’ont  jamais été « qualifiés » par la justice. Alors ? Reste la littérature. Entre exhibition (téléréalité au double sens du terme) ou confession (petit théâtre de la cruauté). Mais là encore, – combien de récits de ce genre sont publiés chaque année ? – on n’est pas devant un modèle du genre, juste devant un exemple…

Thierry Grillet

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