30 millions d’amants

Les relations sexuelles entre humains et animaux sont moralement et légalement réprouvées dans de nombreux pays, et leurs adeptes considérés comme relevant de la psychiatrie. Une historienne britannique invite pourtant à poser un autre regard sur cette pratique.

En 1758, le roi de Grande-
Bretagne George II ­gracia un fusilier de la marine royale reconnu coupable de « sodomie sur la personne d’une chèvre ». Motif : le condamné « était un jeune crétin, illettré et ignorant […], dépourvu de toute capacité intellectuelle, un quasi débile mental. » On jugea en revanche que la chèvre, elle, avait un peu trop apprécié l’expérience : elle fut dûment exécutée.
Un siècle plus tard, le psychiatre germano-autrichien Richard von Krafft-Ebing affirmait dans son ouvrage Psychopathia sexualis (1886) que ceux qui s’adonnent à la sexualité avec des animaux sont des dégénérés congénitaux que leur « névrose constitutionnelle » rend « incapables d’avoir des rapports sexuels normaux ».
La zoophilie, c’est-à-dire le commerce sexuel avec un animal, est-elle une dangereuse pathologie ou une simple peccadille ? Pour l’Association américaine de psychiatrie (APA), la réponse ne fait aucun doute : la zoophilie figure depuis 1980 dans chaque nouvelle édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM), le manuel de référence pour les troubles ­psychiatriques.
Joanna Bourke, professeure d’...

LE LIVRE
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Aimer les animaux. De la bestialité, la zoophilie et l’amour post-humain de Joanna Bourke, Reaktion, 2020

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