Un 31 décembre à Diyarbakır

À l’été 2015, le conflit reprend dans l’est de la Turquie, à majorité kurde. De violents combats urbains opposent pendant plusieurs mois des militants du PKK aux forces turques. Sur, le quartier historique de Diyarbakır, est dévasté. La romancière Oya Baydar s’y est rendue pour tenter de renouer le dialogue avec une vieille connaissance.

Les combats ont lieu dans Sur mais toute la ville semble plongée dans un sommeil de mort. Les magasins sont fermés, les autobus, les minibus, les taxis ne circulent pas. On n’est pas en période de vacances scolaires mais on ne voit pas d’élèves dans les rues, personne n’envoie ses enfants à l’école. Est-ce en signe de protestation, par peur, pourquoi ? À la fois par protestation et par peur. Ils protestent contre quoi, ils ont peur de qui ? Autrefois, les commerçants avaient peur qu’on casse leurs vitrines en cas d’incidents. Ils baissaient leur rideau de fer et protégeaient leurs marchandises. La pression de l’organisation s’exerçait de temps en temps, les jeunes du PKK forçaient les commerçants du centre-ville à fermer boutique. Ils râlaient intérieurement mais ils n’osaient pas s’y opposer. Maintenant, c’est moins par peur que par protestation qu’ils baissent leur rideau, pour dire leur ras-le-bol, pour se faire entendre par le silence, ils organisent des opérations ville morte. Plus l’État resserre son étau pour faire respecter l’ordre public, plus la ville se referme...
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Dialogues sous les remparts de Oya Baydar, Phébus, 2018

ARTICLE ISSU DU N°87

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